Funeral Parade of Roses (Bara no Sōretsu) ****

9 juin 2017

Le quotidien d'Eddie (Pita), un travesti au passé trouble qui travaille dans un club de Tokyo.

Réalisateur: Toshio Matsumoto | Dans les salles du Québec le 16 juin 2017 (Cinémathèque québécoise)

La nouvelle vague japonaise est généralement associée aux délires de Shohei Imamura (Cochons et cuirassés), à la vision unique de Masahiro Shinoda (Double suicide) et à la poésie obsédante d'Hiroshi Teshigahara, qui a offert le plus grand chef-d'oeuvre du mouvement avec La femme des sables. On fait trop peu mention de Toshio Matsumoto, qui a principalement œuvré dans le court métrage. Afin de souligner l'apport du cinéaste nippon décédé il y a peu, la Cinémathèque québécoise a décidé de programmer son film le plus célèbre en version restaurée 4k.
Funeral Parade of Roses, marqué par l'époque de sa conception (1969), est une œuvre foisonnante à bien des égards. On y note entre autres une variation sur Oedipus Rex, une distanciation à la Brecht qui brouille la mince ligne entre le réel et la fiction ou une satire du pays du Soleil-Levant. C'est ludique et profond à la fois, gore et hilarant, tout en étant profondément original, voire expérimental par moments.
Dans l'esprit des longs métrages de Seijun Suzuki, on retrouve une transgression du genre, où la narration opaque et fragmentée n'a finalement que très peu d'importance. Ce qui happe est ce ton tragicomique, la beauté singulière des images, la valeur des répétitions. On s'y perd facilement et l'effort parfois frustrant (la scène de la fête par exemple s'étire vraiment trop longtemps) se veut généralement fascinant.
Plus qu'un exercice de style, cette création audacieuse opère une rupture avec son médium, dans la lignée de ce que proposait déjà Nagisa Oshima, qui demeure certainement le maître à penser de Matsumoto. Le geste est politique et social, optant pour une différence qui cadre parfaitement avec ses sujets à l'écran. Cette liberté soudaine et salvatrice permet à l'objet filmique non identifié de s'envoler.
On ressortira gonflé à bloc de Funeral Parade of Roses, un trip complètement cinglé qui enivre, irrite et déstabilise tout à la fois. Pour la saison estivale qui ne jure trop souvent que par des productions divertissantes rapidement oubliées, il s'agit d'une véritable dose d'oxygène.
L'avis de la rédaction :

Martin Gignac: ****
Pascal Grenier: ***
 

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