Livre: Une âme damnée. Paul Gégauff

16 mars 2013

(Arnaud Le Guern; éd. Pierre Guillaume de Roux; 190 pages)

Lorsqu’on entend le nom de Paul Gégauff on pense immanquablement à Claude Chabrol, pour qui il a écrit des scénarios inoubliables (Les Bonnes femmes, Les Cousins, Les Biches, Que la bête meurt, etc.). On sait peut-être moins qu’il a également écrit pour Éric Rohmer (Le Signe du lion), René Clément (Plein Soleil), Julien Duvivier (Diaboliquement vôtre), Barbet Schroeder (More), qu’il a fait des apparitions chez Roger Vadim ou Jean-Luc Godard et qu’il est mort un soir de Noël, poignardé par sa jeune épouse.
Anar (de droite ou de gauche, on ne le sait pas vraiment), faussement antisémite, amateur d’alcools et de jolie filles, de nuits parisiennes et de bord de mer, dandy surdoué ami de Maurice Ronet et de Françoise Sagan, Paul Gégauff a de quoi remplir en anecdotes croustillantes une biographie ordinaire.
Heureusement, Arnaud Le Guern n’est pas tombé dans le piège. Visiblement incapable de prendre le recul nécessaire face à son sujet, il l’assume et donne à certaines pages de son livre des allures de journal intime. Il y écrit sur sa fille, sur la femme qu’il aime et sur sa fascination pour Gégauff. Sa fausse biographie se transforme ainsi en une sorte de voyage mental en Gégauffie, en hommage sincère écrit dans un style vif que n’aurait probablement pas renié le scénariste écrivain. Il enchaîne les phrases avec une certaine insolence, comme si sa vie en dépendait, et nous projette avec force dans le passé de cette société française qui n’existe plus en compagnie d’un Gégauff probablement plus beau que nature. Il nous permet de côtoyer l'homme et sa légende, évoque un film ou une partie fine, et nous entraîne de Rohmer à Ronet avec un bonheur constant jusqu’à ces derniers mots: “Dolce vita, définitivement, pas morte.”
 

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