Fantasia 2018 | ★★★ | Under the Silver Lake

Fantasia 2018 | ★★★ | Under the Silver Lake

Réalisé par David Robert Mitchell
Avec son dernier film, David Robert Mitchell nous rappelle d’emblée qu’il est extrêmement talentueux. Sans la moindre gêne, il multiplie hommages et références, aussi bien à Hitchcock qu’à la comédie adolescente, à la comédie romantique d’antan qu’à David Lynch, tout en redonnant naissance à Marilyn Monroe et en frôlant l’overdose de clins d’œil sous toutes leurs formes (dans l’utilisation d’une musique, la manière de filmer un plan, mais également en multipliant les affiches et extraits de film). Loin de tourner à la bouillie référentielle, sa première partie est un pur bonheur cinéphile qui nous prouve à chaque instant à quel point Mitchell peut tout faire et maîtrise aussi bien sa force comique que son goût pour un cinéma formellement exigeant. 
Pourtant, progressivement, les choses se gâtent. L’humour déraille, le développement narratif aux allures de remplissage bâclé prend le dessus sur la maîtrise formelle, la fantaisie est plus poussive que nonsensique, le rythme s'essouffle, et le talent de David Robert Mitchell semble fondre comme un bonhomme de neige à Los Angeles. Semble… car le cinéaste prend la peine de nous rappeler qu’il reste en contrôle de tout, y compris des maladresses, trop flagrantes pour ne pas être souhaitées: au milieu d’un film qui semble perdre pied, il nous rassure régulièrement avec un plan, une idée, une scène ou un détail. Ce n’est certes pas suffisant pour impressionner, mais ça l’est assez pour maintenir notre attention, notre intérêt, et nous permettre de l’accompagner dans son voyage au cœur d’un vide au gout d'oxymoron: le vide par le trop-plein. C’est d’ailleurs ce voyage qui rend le film à la fois passionnant et complémentaire de ses œuvres précédentes, situées à Detroit. Après avoir filmé (dans It Follows et dans The Myth of the American Sleepover) des lieux qui se vident, des piscines désertes, des stationnements abandonnés et une jeunesse qui s’occupe comme elle peut, il s’intéresse ici à l’inverse: Los Angeles. La ville bâtie sur les rêves, où rien ne peut être quelconque, où tout est possible, où chacun a la certitude d’exister, mais également où tout doit avoir un sens… de la plus insignifiante performance au plus insignifiant détail. C’est ce qui va être à l’origine de la quête de Sam (Andrew Garfield, pour une fois excellent): trouver du sens à ce qui n’en a pas forcément… et donc se perdre dans la vacuité (pour lui insoupçonnée) de tout ce qui l’entoure! Comme David Robert Mitchell est respectueux de son personnage, il se perd lui aussi un peu dans son propre film. La démarche pourrait être louable, mais le fait de perdre son spectateur en route l'est un peu moins.
Contrairement à Sofia Coppola, qui nous a démontré qu’il est parfaitement possible de faire des films sur un sujet similaire (la vacuité (par le néant dans Somewhere et par l’insignifiance dans The Bling Ring)), Mitchell passe à côté. Heureusement, non seulement son talent omniprésent limite la casse, mais sa démarche artistiquement presque suicidaire fascine.
Et si Under the silver Lake était le meilleur film raté depuis des lustres?
Fantasia 2018 selon Pascal Grenier | 1/3

Fantasia 2018 selon Pascal Grenier | 1/3

Microhabitat
Déjà une semaine de complétée à Fantasia et comme d’habitude, le festival nous a présenté son lot de surprises, de curiosités, de déceptions et des navets. Mais heureusement, il n’y a pas que du mauvais dans ce festival qui se consacre essentiellement sur le cinéma de genre (sous toutes ses formes). Le meilleur se situe souvent du côté des films inclassables ou singuliers qui détonnent du reste de la programmation.

Véritable coup de cœur à date, Microhabitat est le premier film de la réalisatrice Jeon Go-woon. Mettant en vedette l’actrice et top modèle Esom, cette comédie dramatique offre une bouffée d’air frais dans le paysage du cinéma coréen actuel. Avec son mélange de comédie et de pathos, ce film tout à fait irrésistible dresse un portrait poignant d’une réalité sociale à laquelle sont confrontés les moins nantis et les marginaux. En évitant les effets dramatiques, la réalisatrice offre une œuvre tout en drôlerie et en finesse sur les angoisses et le bonheur de la vie quotidienne.

Avec Neomanila, le jeune réalisateur philippin de 27 ans Mikhail Red confirme sa place parmi les jeunes réalisateurs les plus prometteurs de l’heure dans le cinéma contemporain. Le troisième long-métrage de ce cinéaste surdoué est un néo polar stylisé d’un réalisme cru. À mi-chemin entre le cinéma de Lino Brocka et celui de Nicolas Winding Refn, ce polar social est un film glauque et sans concession sur le milieu criminel clandestin à Manille. On en sort à la fois vidé et ébahi.

Cinq ans après son excellent drame policier On the Job, le vétéran réalisateur philippin Erik Matti revient au cinéma d’action avec le survolté BuyBust. Sorte de The Raid dans un énorme bidonville labyrinthique, ce film ultraviolent étonne par la maîtrise de sa mise en scène (plans séquences, travail sur les éclairages; travail sonore) et son lot de scènes de fusillades et de combats. À noter les débuts au cinéma de Brandon Vera (un ancien combattant de la UFC) qui forme un duo solide avec la surprenante Anne Curtis qui est tout aussi convaincante dans un rôle musclé à mille lieues des rôles dans les comédies romantiques auxquels elle est habituée.

Basé sur un incident d’une guerre de gang survenue en 2007 à Séoul, The Outlaws est un drame policier mettant en vedette Don Lee (aka Ma Dong-seok, la révélation de Train to Busan) dans le rôle d’un policier peu orthodoxe et acharné à mettre fin à cette guerre de territoires entre Coréens et Chinois. Ça ne révolutionne pas le genre, mais c’est un film rythmé au scénario solide. Le charismatique Don Lee impressionne à nouveau dans ce rôle musclé et taillé sur mesure sur son imposant gabarit.

En attendant Bleach et Inuyashiki qui seront projetés au cours des prochains jours, I am a Hero est un des meilleurs films de zombies des dernières années. Cette adaptation d’un manga d’horreur de l’artiste Kengo Hanazawa offre un mélange habile d’action, de comédie et scènes sanguinolentes. Ça perd un peu de son rythme et de son charme lors du dernier tiers mais ça reste un divertissement de bonne facture qui comblera les attentes des amateurs du genre.

Rendez-vous dans une semaine pour un second résumé de trouvailles et autres découvertes fantasiaesques!
Fantasia 2018 | ★★½ | Satan’s Slaves (Pengabdi Setan)

Fantasia 2018 | ★★½ | Satan’s Slaves (Pengabdi Setan)

Réalisé par Joko Anwar
Une introduction réussie nous permet de découvrir une famille affligée émotionnellement et financièrement par la longue maladie de sa matriarche, une ancienne chanteuse populaire. Hanté par sa musique qui parcourt la maison, chacun des membres de la famille essaie de surmonter son deuil... et Joko Anwar (The Forbidden Door) plonge habilement le spectateur dans un univers troublant à la limite de la terreur. 
Pourtant, malgré ce point de départ réussi et le jeu nuancé des acteurs, Satan’s Slaves ne livre pas les promesses du début. Le scénario dévoile en effet trop de détails qui au final alourdissent l’ensemble. Pour sa part, la mise en scène aurait vivement gagné à jouer sur ses tensions au lieu de tenter de les accentuer avec des effets sonores ou un montage révélateur.
La finale intrigante a le mérite de ne pas trop en dire, mais c’est malheureusement trop peu et trop tard. Malgré quelques qualités en début et en fin de métrage, Satan’s Slaves en laissera plus d’un perplexe.