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28 juillet 2023

★★ | Le parfum vert

★★ | Le parfum vert

Réalisation: Nicolas Pariser | Dans les salles du Québec le 28 juillet 2023 (K-Films Amérique)
Quelques années après son très réussi Alice et le maire, Nicolas Pariser nous revient avec un film d’espionnage pour rire, truffé de références hitchocko-tintinesques, qui nous déçoit cependant rapidement. Les intentions avaient pourtant tout pour nous plaire et le mélange référentiel avait tout pour nous séduire, mais la mise en scène et le scénario de Pariser ne sont pas à la hauteur. Jamais en effet il n’arrive à insuffler à l’ensemble assez de fantaisie et de légèreté pour nous donner envie de partir à ses côtés dans un univers improbable, et donc… rien de ce qui nous est proposé n’est jamais plausible, ce qui nous éloigne du film, des enjeux, des personnages, de la proposition. Pire, Pariser se permet des incartades totalement hors-sujet (le dialogue autour d’Israël) et une histoire d’amour sans charme (n’est pas Hitchckock qui veut… ce que semblait savoir Hergé ; Pariser aurait dû suivre l’exemple belge). Même le dénouement, dont la petite fantaisie naive avait tout pour plaire, tombe à plat en raison de l’incapacité du cinéaste à voir su nous plonger dans l'état d’esprit d'un jeune de 7 à 77 ans heureux d’avoir vu un couple de sympathiques paumés sauver le monde grâce à un mélange de persévérance et de hasard éolien.
Heureusement, il reste le souvenir de deux acteurs que l’on aime beaucoup (Kiberlain / Lacoste), dont le talent n’a rien à voir avec l’improbabilité du couple fictif qu’ils forment.
Mais lorsqu'un cinéaste veut faire retourner le spectateur en enfance, il faut du talent. Sinon, ledit spectateur risque de se transformer en gamin capricieux, le jour de Noël, à la fois triste et boudeur après avoir découvert que le paquet tant convoité enfermait un cadeau qui ne lui convenait pas.

14 juillet 2023

Entrevue avec Thomas Salvador (La montagne)

Entrevue avec Thomas Salvador (La montagne)

 La montagne, dans les salles du Québec le 14 juillet 2023 (Axia Films)

Thomas Salvador, réalisateur et acteur de La Montagne

L’acteur et cinéaste Thomas Salvador avait séduit les cinéphiles en 2014 avec Vincent n’a pas d’écailles, un film de super-héros qui sortait largement des sentiers battus. Le voici de retour avec La montagne, un nouvel ovni où il incarne un homme qui plaque tout pour s’installer à flanc de montagne. Rencontre avec son réalisateur.

Qu’est-ce qui vous a amené vers La montagne ?
Adolescent, je voulais être cinéaste et guide de hautes montagnes. J’ai depuis très longtemps une idée d’un personnage qui va en montagne et qui ne veut plus en redescendre.

On sent dans la première partie du film une sorte de clivage entre la nature et la civilisation, avec ce héros qui se transforme au contact de la montagne.
Pierre redécouvre son rapport au temps. Il redevient curieux et il regarde les choses autrement, tout en douceur. Je tenais à ce que ça soit une forme de révolution pour lui. C’est parce qu’il fait tout ce chemin qu’il peut aller plus loin et à un moment, quand il est prêt, il y a la dimension fantastique qui arrive.

Un fantastique qui prend une dimension minimaliste.
Oui. J’ai envie que l’aspect un peu surnaturel arrive de manière la plus naturelle et organique possible.

À l’instar de votre précédent long métrage Vincent n’a pas d’écailles, vous abordez le genre pour mieux le détourner…
J’essaye de faire des choses que je ressens profondément. C’est pour ça aussi que je mets du temps à faire des films et que je joue dans mes films. J’ai besoin de trouver une justesse, d’éprouver physiquement le pourquoi. Parce que je fais des films comme des aventures, comme des rencontres.

La conclusion laisse plusieurs questions en suspens.
Ce qui m’intéresse, c’est que les spectateurs ressentent des choses et des sensations. Mon rêve, c’est que les gens soient traversés et nourris par le film, mais sans qu’ils ne sachent trop pourquoi… Je ne sais pas tout du film que je fais. Il y a plein de choses sur sa signification profonde qui m’échappent et que je découvre après. Je fais en sorte d’en savoir le moins possible d’un point de vue philosophique, sociologique. C’est ce qui fait qu’il y a une forme de naïveté ou de fraîcheur et que le spectateur vit avec le personnage.

Un humour particulier baigne vos créations et il peut rappeler le cinéma d’Aki Kaurismäki ou d’Elia Suleiman.
Je ne m’interdis pas des gags ou des choses drôles. Mais à condition que ce soit logique ou cohérent avec ce que le personnage traverse. La dimension fantastique et la simplicité des dialogues finissent aussi par créer un décalage… Dans la vie, les choses se mélangent tout le temps. Il n’y a pas une journée où l’on ne fait que rire, où l’on n’a que peur ou l’on n’est que triste. Sinon, ça ne va pas. Mais au cinéma, on a un peu tendance à vouloir que le film soit d’un seul registre. Les cinéastes que j’adore, c’est ceux où l’on retrouve tout, comme chez Bong Joon-ho.

Entrevue réalisée par Martin Gignac à Paris le 17 janvier 2023 dans le cadre des Rendez-vous d’Unifrance.

17 juin 2023

★★★½ | Les enfants des autres

★★★½ | Les enfants des autres

Réalisation: Rebecca Zlotowski | Dans les salles du Québec le 16 juin 2023 (Sphère Films)
Rebecca Zlotowski est une cinéaste que l’on aime, notamment pour sa propension à prendre certains risques. On pourrait donc presque être déçu par son dernier film, celui qui a rencontré le plus grand succès dans les salles françaises… et pour cause : bien écrit et bon techniquement, il est dans un premier temps très convenu et pourrait presque nous décevoir en raison de ce seau « qualité France » qui semble lui coller à la peau.
Heureusement, même si Les enfants des autres a des apparences de films français vu et revu, il sait aborder un sujet rarement traité : le statut des conjoints, qui vivent avec les enfants des autres, les aiment, s’y attachent, jouent un rôle dans leur quotidien… et disparaissent de la circulation malgré eux lorsque l’histoire d’amour avec l’autre prend fin. Certes, on pourrait reprocher à Rebecca Zlotowski d’avoir concentré la narration sur une trop courte période (les enjeux auraient été plus forts si l’histoire d’amour, et donc la relation avec l’enfant de l’autre, avait plus duré). Mais la délicatesse de son traitement et de l’interprétation de Virginie Efira atténuent fortement ce reproche. De plus,  progressivement, le film élargit sa réflexion à un sujet plus vaste, le rôle que l’on peut jouer dans la vie des autres en général et pas uniquement en tant que beau-parent de quelques mois. C’est en ce sens que le film de Zlotowski sort du film convenu auquel on croit assister pendant une heure. La fonction de son héroïne n’est en effet pas limitée au statut de belle-mère fugace qui ne peut pas avoir d’enfants. Elle est aussi la grande sœur qui accompagne sa cadette depuis la mort lointaine de leur mère ou la prof attentive qui cherche à aider un élève dont les parents sont trop absents.
Au-delà de son sujet apparent, Zlotowski nous livre un film sur le rôle que peuvent prendre tous ses gens qui, parfois sans le savoir, ont contribué à être qui nous sommes. Comme quoi, même sans en avoir l’air, la cinéaste réussit tout de même à nous surprendre !

8 juin 2023

Entrevue avec Roschdy Zem (Les miens)

Entrevue avec Roschdy Zem (Les miens)

Les miens, dans les salles du Québec le 9 juin 2023 (Axia Films)
Roschdy Zem, réalisateur du film Les miens
Roschdy Zem n’est pas seulement un excellent acteur. Il est également un réalisateur talentueux, qui signe avec Les miens un sixième long métrage à saveur autobiographique sur deux frères (interprétés par Sami Bouajila et Zem lui-même) qui finissent par se rapprocher après un coup de sort du destin. Rencontre avec son créateur.

Comment est né Les miens ?
Il y a eu une longue réflexion imposée par le confinement. Je me suis demandé quelle suite j’allais donner à ma carrière. Comme cinéaste, je voulais raconter des choses plus intimes, plus personnelles. En y réfléchissant, je me suis dit que ma famille était digne d’être racontée. Mais c’est l’accident de mon frère qui a déclenché tout le processus d’écriture, qui est devenu le prétexte pour raconter l’histoire de ce film.

C’est un long métrage sur les classes sociales au sein d’une même famille.
Il y a la volonté de sortir de cette vision systématique des familles qui se ressemblent. C’était important pour moi de montrer qu’au sein d’une même famille, il y a des parcours différents. Un frère peut avoir une vie publique, l’autre être directeur financier et le troisième chômeur. Des destins sont plus heureux et d’autres plus dramatiques. C’est une sorte de métaphore de la vie aussi. On a beau avoir les mêmes chances au départ, les rencontres qu’on va faire par la suite vont déterminer notre existence. C’est ce facteur qui va faire que notre vie sera une réussite ou parfois un échec. J’aime raconter à travers une famille ces choses-là qu’on ne maîtrise pas forcément.

Comment s’est déroulée la coscénarisation avec Maïwenn ?
Ce fut très simple. J’avais envie de lui raconter cette histoire et qu’elle fasse le tri sur ce qui lui paraissait intéressant ou ce qui devait être écarté. Elle a agi comme un filtre. J’aime sa sensibilité, son rapport à la famille, l’apport organique qu’elle a donné aux scènes. Maïwenn était là essentiellement pour donner ce supplément d’âme qui pouvait manquer au film.

La scène finale dansée est un véritable moment de grâce qui cristallise parfaitement les émotions du film.
Il faut savoir que cette scène n’était pas du tout écrite ou préparée. Elle arrive le dernier jour de tournage. Il faut que je termine mon film et je ne sais pas comment. Le matin du tournage de la scène de déjeuner, j’ai dit : « On va danser ; on va exprimer par le corps et par les yeux tout ce qui est dit, tout ce qu’on n’a pas encore dit ou tout ce qu’on a envie de se dire. » La scène est née spontanément et elle est assez magique. Je l’adore ! Je n’aurais pas pu la penser sur un bureau en écrivant. Elle est née comme ça, forte de ces semaines et de ces émotions qu’on a traversé ensemble. La magie du cinéma donne de la place à l’imprévu.

Que vouliez-vous essayer avec votre mise en scène ?
J’essaye à chaque fois d’adapter ma mise en scène au sujet. Sur Les miens, il y a beaucoup de scènes où les acteurs ont une vraie liberté de mouvements. C’est la première fois que je tournais avec deux caméras. Le sujet s’y prêtait afin que je filme les gens, l’émotion et la part d’humanité des personnages… Après, je ne suis pas non plus un très grand technicien. Je ne suis pas celui qui va tout faire pour donner un côté spectaculaire à mes films. Ce n’est pas mon domaine. Je suis plus porté sur le jeu d’acteur que sur la technique.

Vous avez joué dans plus de 90 films et séries. Pourtant, vous êtes comme un bon vin et vos rôles récents  notamment dans Les enfant des autres, L’innocent, Roubaix, une lumière qui vous a permis de mettre la main sur le César du meilleur acteur  sont parmi les plus intéressants de votre filmographie.
Ce qui est sûr, c’est que j’ai envie de me diriger vers des rôles qui font appel à ma sensibilité. Je n’ai pas envie de devenir un vieil acteur un peu ringard qui met en avant sa force, sa virilité. J’ai plutôt envie de mettre en avant ma sensibilité et ma féminité, qui font partie de moi et qui me ressemblent davantage.

Entrevue réalisée par Martin Gignac à Paris le 17 janvier 2023 dans le cadre des Rendez-vous d’Unifrance.

1 juin 2023

★★★ | La nuit du 12

★★★ | La nuit du 12

Réalisation : Dominik Moll | Dans les salles du Québec le 2 juin 2023 (Cinéma du Parc)
La nuit du 12 nous plonge dans les dessous d’une enquête policière. La nuit du 12, Clara rentre chez elle. Sur la route, elle est brûlée vive. Par qui ? Pourquoi ? On ne sait pas. L’enquête n’est toujours pas résolue. Le film s’ouvre d’ailleurs sur des statistiques de nombreux crimes non résolus en France. Il n’y a aura pas de résolution. Par contre, le film dressera un constat lié à la condition des femmes ou plutôt aux rapports violents des hommes envers les femmes.
Présenté l’an dernier au Festival de Cannes, le film de Dominik Moll est basé sur des faits réels que Pauline Guéna a adaptés en roman. Cette dernière a d’ailleurs collaboré au scénario. Le film met en lumière le travail d’une équipe d’enquêteurs qui tenteront de découvrir la vérité sur ce crime atroce. Dès l’entrée en matière, le cinéaste prend le parti de s’éloigner de tout ce que l’on a l'habitude de voir dans les films ou de les séries d’enquêtes (refusant par le fait même les influences de la série policière ou du true crime). Le rythme est lent et méthodique. Moll évite les effets sonores chocs ou la musique qui force les tensions dramatiques. Il nous plonge dans le quotidien, où la banalité du travail croise la violence de la tragédie.
Ce qui fait la force du film est certainement la position féministe, pleinement assumée. Une équipe d’hommes enquêtent sur le meurtre d’une femme et sont confrontés à leurs préjugés et à leur biais. Il y a d’ailleurs un moment très fort entre une jeune recrue qui confronte le chef d’équipe sur le fait que les hommes commettent des crimes et que ce sont aussi les hommes qui font la police.
La nuit du 12 est une œuvre qui nous habite longtemps après l’avoir vue, pour ses qualités cinématographiques, mais surtout pour ses qualités humaines.