JIRO DREAMS OF SUSHI ***½ / **

16 mars 2012

Jiro Ono est chef sushi mondialement reconnu et propriétaire du restaurant Sukiyabashi Jiro à Tokyo. On le suit dans son quotidien, recueillant par bribes des témoignages sur sa vision de la vie, ses sushis, sa famille et la succession de son art.

Réalisateur : David Gelb | Dans les salles du Québec le 16 mars 2012 (Les Films Séville)

***½
Réalisé avec beaucoup de subtilité et de manière très soignée par David Gelb, Jiro Dreams of Sushi est un film d’une rafraîchissante pureté. On y suit principalement Jiro Ono dans son quotidien de restaurateur et, de façon conjointe, son fils, Yoshikazu Ono, également héritier et successeur. Ceux-ci nous ouvrent toutes grandes les portes du prestigieux (et minuscule) restaurant, nous permettant d’être les témoins privilégiés de l’entièreté du processus de fabrication : du choix très strict des ingrédients jusqu’à l’assiette du client.
Le montage soigné, combiné à la magnifique photographie, permet à l’ensemble d’offrir une expérience cinématographique contemplative (et très alléchante). Ne soyez pas surpris si son visionnement fait germer en vous l’idée de planifier un voyage gastronomique au Japon. L’effet provoqué par les sushis, ici sous formes d’œuvres d’art culinaires, est étourdissant. Quiconque apprécie ce type de cuisine ne peut rester insensible devant tant de maîtrise et de passion. C’est ce qui constitue d’ailleurs la réussite du film. La dévotion complète du chef à son art impose d’emblée le respect et, du même coup, intrigue le spectateur qui assiste à une complète abandon de soi au profit d’une petite sculpture de riz et de poisson.
TG



Mais le film n'a pas fait l'unanimité dans l'équipe de cinefilic. Miryam Charles a été beaucoup moins convaincue:

**
Le documentaire du réalisateur américain David Gelb est à plusieurs niveaux une réussite. La composition des cadres, des mouvements de caméra, autant dans le minuscule restaurant de Jiro que dans les différents emplacements de Tokyo, démontre une esthétique soignée. Dans cet esprit esthétisant, Jiro dreams of sushis nous présente un homme de 85 ans qui à dédié sa vie à la création de sushis, ce en quoi il excelle. Toutefois, sous sa surface attrayante, ce documentaire (musique signée Philip Glass et Max Richter, plans en ralentis, lents travellings sur les plats de sushis) ne se trouve pas la marque d'un auteur. Le réalisateur ne va pas plus loin dans son sujet, car son admiration pour le vieil homme l'empêche d'explorer d'autres possibilités, narratives et visuelles. Jiro Ono est un homme vivant selon des principes très stricts. Chaque jour, il répète les mêmes actions, le tout dans le but de parfaire son art. Le réalisateur aborde rapidement ce point, qui révèle que l'obsession de Jiro lui a coûté sa vie de famille. Certes, ses fils suivent sa trace mais ils y ont été forcés. C'est cet aspect, la mince ligne entre la dévotion du vieil homme pour sa profession et son application dans le quotidien qui est totalement éludé par le réalisateur. La place est laissée aux sushis, tous aussi beaux qu'appétissants. Admirées de par le monde (critiques culinaires et clients satisfaits), ces petites œuvres d'art de la gastronomie japonaise jettent un voile sur la zone grise, l'ambiguïté de Jiro.
MC
 
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