PAYBACK (LA DETTE) ***

16 mars 2012

En s’inspirant d’un essai de Margaret Atwood, la cinéaste Jennifer Baichwal nous offre un regard différent sur la dette, en la présentant comme une construction mentale dont les influences dans la société sont innombrables.

Réalisatrice : Jennifer Baichwal | Dans les salles du Québec le 16 mars 2012 (Métropole Films)

En adaptant sous forme de documentaire l’essai de Margaret Atwood Comptes et légendes, la dette et la face cachée de la richesse, Jennifer Baichwal invite le spectateur à une réflexion sur la dette. Conformément à l’idée développée par Atwood dans son ouvrage, la dette est ici vue comme une notion complexe aux nombreuses incidences dans la société.
En s’appuyant sur des exemples concrets, la cinéaste la présente comme une construction de l’imaginaire et en donne de nombreuses illustrations en examinant les liens entre débiteurs et créanciers. Elle nous entraine ainsi en Floride (en étudiant la relation entre les propriétaires d’exploitations de tomates et leurs “employé”, quasiment réduits à l’esclavage), en Albanie (où il sera question d’honneur), dans le golfe du Mexique (où il sera question d’écologie et de dette envers la planète) ou encore dans une prison (dette envers la société). À chaque fois, la réalisatrice laisse s’exprimer les différents protagonistes. Cette intéressante succession d’exemples forme un tout particulièrement cohérent, entrecoupé d’interventions avisées de représentants de différentes disciplines comme William Rees (spécialiste de la notion d’empreinte écologique), Raj Patel (spécialiste de la crise alimentaire) ou Karen Armstrong (spécialiste des religions). Fort judicieusement, le documentaire nous autorise régulièrement quelques respirations en images (souvent très belles), sans voix off, et nous laisse ainsi la possibilité d’exercer notre esprit critique en nous donnant le temps de nous interroger sur ce que nous venons d’entendre.
Ces grandes qualités sont malheureusement amoindries par la place trop importante accordée à Margaret Atwood. S’il est justifié que certains extraits de ses écrits soient lus (ce sont eux qui ont inspiré le film), la succession de plans la montrant réfléchir, écrire, préparer ou donner des conférences nous donne parfois l’impression que le film lui est consacré. Or, La dette n’est pas un documentaire sur la romancière-essayiste, mais sur son analyse d’une situation. Cette désagréable impression, qui finit par nuire à la portée du film, est malheureusement confirmée lorsque, pour conclure, les différents participants, dans leurs langues respectives, lisent chacun un même extrait de Comptes et légendes. On a alors le sentiment de voir les adeptes d’une secte boire les paroles de leur gourou. Trouver une excuse à ce procédé en écrivant que cette lecture collégiale peut être interprétée comme la représentation de la dette qu’ils ont envers Margaret Atwood (sans qui ce documentaire n’existerait pas) est une facilité que nous ne nous permettrons pas.
Si nous conseillons de prendre part à cette belle incitation à la réflexion, nous n’en regrettons pas moins fortement les petits bémols qui ternissent indéniablement les qualités de l’ensemble!
 

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