Livre: Archives et acteurs des cinémas d’animation en France

6 octobre 2014

(sous la direction de Sébastien Denis, Chantal Duchet, Lucie Merijeau, Marie Pruvost-Delaspre et Sébastien Roffat; L'Harmattan; 278 pages)

L’ouvrage est issu d’un colloque éponyme organisé à Paris en octobre 2013 et qui avait pour but de réunir plus d’une vingtaine des chercheurs et spécialistes afin de faire un état des lieux sur le cinéma d’animation français et les enjeux patrimoniaux qui y sont liés.
Éditer un compte-rendu de colloque a comme principale fonction de garder une trace de recherches spécifiques réalisées à un instant précis. Le lecteur, quant à lui, sélectionne dans cette vaste sélection de chapitres disparates ses sujets de prédilection. Les textes ont été regroupés à travers quatre grands axes thématiques : les figures majeures des premières décennies, les institutions et les particularités liées à la conservation et valorisation de ce patrimoine, les réflexions liées à l’enseignement de ce genre cinématographique et enfin l’analyse du contenu critique rédigé durant les dernières décennies.
Les premiers chapitres posent les fondations du genre français à travers une approche historiographique. Les recherches liées à l’apparition officielle et écrite du terme « dessin animé » par exemple permettent de dater l’acceptation du cinéma d’animation comme genre à part entière. L’analyse esthétique et historique des pionniers nous apporte des informations précieuses sur les contextes de productions de ces films. On y découvre aussi l’histoire incroyable du tournage comme celui de Barbe Bleue de Jean Painlevé ainsi que le travail souvent méconnu de l’artiste musicaliste Henri Valensi.
Par la suite, l’ouvrage laisse la parole aux héritiers, d’Émile Reynaud, Cohl, O’Galop, Lortac ou Starevich, qui parlent à la fois de leur implications personnelles et explicitent de manière très précise le catalogage des artefacts qu’ils ont encore en leur possession. Si ce travail d’inventaire est une source précieuse pour le milieu de la conservation, il reste fastidieux et indigeste pour un non-initié.
La partie concernant la valorisation de ce patrimoine est particulièrement éclectique et surprenante. On nous dévoile les politiques en faveur du cinéma d’animation du CNC, l’élaboration avortée de grands projets muséaux comme celui d’Angoulême. Il y est aussi question de problématiques de conservation, que ce soit à travers les difficultés de préservation des celluloïds tout autant que les problématiques de l’archivage et du catalogage de productions réalisées en image de synthèse. Enfin une dernière série de textes cible des œuvres précises comme le redécouverte du film Phénomène électrique de Paul Grimault ou la recherche de la première version doublée de Blanche-neige et les sept nains de Disney.
Les réflexions sur l’enseignement en France et sur l’écriture historique et critique du cinéma d’animation français nécessitent une mise en contexte que ce recueil met bien en avant. Les textes combinent des approches historiques à des études de cas. Les réflexions entre théorie et pratiques se confrontent à de nouveaux champs d’investigation comme les séries télévisées françaises. L’analyse des écrits du théoricien André Martin ainsi que des revues spécialisées comme AnimeLand nous montrent la diversité des textes portant sur le cinéma d’animation en France.
Si cet ouvrage très hétéroclite, tant sur le fond que la forme, est très peu adapté à un large public, la variété des sujets pourrait en faire ouvrage de référence dans le milieu de la recherche. De plus, le fait que ce livre soit assumé comme étant très marqué dans le temps lui assure une fonction d’archive pertinente pour les années futures.
 

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