Entrevue avec Jean-Claude Van Damme (The Expendables 2)

18 août 2012

Le film de Simon West The Expendable 2 (qui devrait combler de plaisir les amateurs de cinéma d'action) n’est pas un film très cinéfilic dans l’esprit. Nous souhaitions tout de même rencontrer Jean-Claude Van Damme, qui nous avait agréablement surpris avec son singulier JCVD (réalisé par Mabrouk El Mechri). L’entrevue à été révisée selon les règles d’usage, mais nous avons essayé de garder la JCVD touch... ce qui explique entre autres un petit passage en anglais non traduit.

Avant d’en venir à The Expendables 2, j’ai envie de vous poser quelques questions qui vous concernent plus directement!
OK, cool!

Vous êtes une star du cinéma d’action. Vous avez pour cette raison une étiquette dont il est difficile de se défaire...
Oui...

Mais il y a quelques années, vous nous avez surpris avec JCVD, qui a été apprécié par la critique. Votre performance a été également saluée d’ailleurs. Est-ce que ça vous a donné envie d’essayer de retourner vers un cinéma qui serait plus un cinéma d’auteur... pour briser vos chaînes en quelque sorte?
En tant qu’acteur, c’est formidable car ce sont des expériences plus profondes. Mais c’est très difficile de changer la marque. J’en parlais avec Stallone, il m’a dit: “Fais pas de détours mon pote. Tu sais, tu as tellement bien fait des films comme Bloodsport ou Kickboxer que les gens ne veulent pas te voir autrement.” C’est dur de changer d’étiquette! Stallone a essayé... Arnold (Schwarzenegger, ndlr) a réussi avec Danny DeVito, qui a pu apporter une audience de comédie, mais ce n’est pas facile!

Changer de style revient à déstabiliser ceux qui veulent voir le Van Damme qu’ils aiment sans le retrouver, mais aussi les cinéphiles, qui n’ont peut-être pas envie de voir Van Damme?
Voilà... La critique de JCVD était très bonne, mais le film n’a pas marché au Box Office. Les gens l’ont cependant découvert après, avec le DVD. Mais je peux peut-être y arriver, car I’ve got multi faces. J’ai pas toujours ce même... You’ll see what’s coming up soon! On a des films qui viennent! Welcome to the Jungle, c’est une comédie. Je joue un mec qui est complètement mythomane. Je joue aussi un mec qui est complètement fou, très dangereux dans Ennemies Closer, réalisé par Peter Hyams, qui a fait Timecop, The Presidio, Outland... des bons films! J’ai aussi fait un film que j’ai dirigé. Je faisais le montage quand on m’a contacté pour The Expendables...

Justement, j’allais vous le demander. La raison de votre refus pour le 1, c’était uniquement un problème d’emploi du temps?
On a entendu des histoires comme quoi j’ai rencontré Jet Li... je n’ai jamais rencontré Jet Li! On devait se battre ou je ne sais pas quoi... c’est des trucs de gosses!

C’est juste que vous n’aviez pas le temps?
Il y avait aussi le concept... il était là, il n’était pas là... Sly (Sylvester Stallone, ndlr) était fort occupé, il m’a parlé assez vite, je lui ai retéléphoné... et ça ne s’est pas arrangé!

Et pour le 2, qu’est-ce qui vous a vraiment motivé?
Avec tout ce casting, pourquoi ne pas jouer le vilain! J’ai téléphoné à Stallone et je me suis proposé en tant que...

C’est vous qui vous êtes proposé comme méchant?
Oui!

Pour un acteur, c’est plus excitant non?
Oui, mais si tu joues bien ton rôle... les gens peuvent ne pas aimer...

Et quand on est le méchant contre Stallone, en général, ça finit mal!
Ça finit toujours en pagaille, comme on dit au sud de la France... Ça finit très mal (rires)!

Justement... c’est un film ou il y a beaucoup de coups de feu ou d’explosions, mais il y a aussi un peu de baston! Et vers la fin, vous vous battez contre Stallone.
Oui!

C’est pas n’importe quel adversaire. Pour vous c’était une scène comme une autre ou... Car il y a eu, à une époque, une sorte de concurrence entre vous...
Non, pas du tout, j’ai pris le film en tant qu’acteur. J’ai pris mon rôle de Vilain très au sérieux, même si je faisais un peu ma bipolarité point de vu ups and downs. Pour le combat final, j’ai demandé à Stallone qu’il y ait ce contact, car les gens veulent voir le contact! On sait tous que c’est un film, mais il y avait quand même des accusations dans les coups de poing, les coups de pieds. On vient de la vieille école! Quand Stallone s’énerve, tu vois les veines dans son cou. On ne sait pas le faire en CGI (Computer-generated imagery, ndlr). Quand tu fais un effort et que tu sautes en l’air, on voit qu’il y a l’effort! On vient de cette école où il n’y avait pas de câbles! Ce n’est pas de la faute aux nouveaux venus, mais on savait à l’époque que pour devenir une movie star, il fallait amener une certaine validité, comme Jet Li, Jackie Chan, Bruce Lee...

(en montrant l’affiche du film) Et tous ceux qui sont là?
Oui... ils vont tous à la salle de sport! The Expendable 1 et 2 sont venus au bon moment au bon endroit. Si on avait fait ce film il y a dix ans, il n’aurait pas eu le même impact!

Il arrive au moment où on voit de moins en moins ce genre de films. Aujourd’hui, les films d’action sont surtout des films de super héros.
Oui!

Vous croyez qu’un film comme The Expendable peut redonner envie de retourner à un cinéma avec moins d’effets spéciaux, dans lequel il y a plus de muscles que de supers pouvoirs?
C’est possible. Les gens aiment bien le rough! J’ai toujours aimé les mises en scène de Mel Gibson! On sent ça dans ses films comme Braveheart, Apocalypto... tu sens le flesh, the blood, the guts! Je crois que les gens aiment voir ça. Et ce sont des mecs qui ont passé un certain âge, et qui ont une forme physique incroyable. Ils ont des blessures. Ils en parlent dans le film, mais ils en parlent aussi dans la vie...

Et justement, se retrouver avec, en fait, presque toutes les stars du cinéma d’action depuis 35 ans...
Oui.

Pour le spectateur, c’est comme un rêve d’ado! À l’époque chacun était dans un film différent!
Voilà!

Là, tout le monde est ensemble. Pour vous, c’est un vrai plaisir d’acteur ou ça ressemble plus à une confrontation d’egos? Il n’y avait pas des petites luttes entre vous?
Oui, il y a toujours... disons qu’il y a un bon ego! On essaie tous d’être mieux que l’autre. Mais nous ne sommes pas jaloux. On se respecte... on connaît nos specialties, ce qu’on a de spécial à offrir! Ça, Stallone l’a mis dans le film à un moment spécifique. On ne peut pas apparaitre out of nowhere and it would not fit the story. So, we made that special better, and that was the competition... we felt like “I have to do something better than him, to look better, to feel better”. It was the competition. Me, on the other side as the bad guy, I was very concentrated on my acting...

Oui, car pour vous, c’est un peu particulier. Ils sont tous ensemble et vous êtes seul...
J’étais tout en noir, dans mon ombre.

Vous être vraiment un taré, un fou!
Oui, un fou... mais en fait, ce sont eux qui sont fous, mais ils ne le savent pas. Pour moi, dans le film, c’est une bande de mercenaires... des pauvres mecs quoi! Des pauvres mecs! Ils vont... Moi, je suis un mec... je viens, je prends, je veux les gardes privés, l’hélicoptère plate-forme, ils vont pas commencer à me... mais je parle du film là, précise bien!

Entrevue réalisée à Montréal le 17 août 2012 par Jean-Marie Lanlo
 
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