Yes ***

10 mars 2017

Simon Beaudry, artiste visuel québécois, décide d’exporter son art de l’autre côté de l’Atlantique, où il compte confronter sa quête identitaire à celle du peuple écossais.

Réalisateurs: Felix Rose et Éric Piccoli | Dans les salles du Québec le 10 mars (Babel Films)

Un casque en peau de castor, une paire de semi-lunettes semi-visière blanche inspirée de l’art Inuit, deux cornes de cerf incrustées par-dessus, un drapeau du Québec dévêtu de sa croix blanche et garni d’une seule fleur de lys à la main: installé sur un déambulateur électrique, Simon Beaudry, à la recherche du Parlement, incarne son propre cobaye artistique. Deux semaines avant que le référendum de septembre 2014 ne décide du sort de l'Écosse et dix-neuf ans après le deuxième échec du “Oui” québécois en 1995, le jeune artiste souverainiste prend d’assaut les rues écossaises à la recherche d’un parallèle entre les deux destins. Accompagné de son acolyte, étudiant et fondateur de la page “Un Québécois en Écosse” - Samuel Bergeron - l'artiste confronte et prend le pouls des partisans du YES et du NO. De Glasgow à Edimbourg, en passant par Oban, Dundee et Shetland - lieu de fabrication de la laine avec laquelle ont été faites les premières ceintures fléchés - Beaudry, armé de ruban adhésif blanc, recouvre temporairement l’espace public des mots “yes” et “freedom”.
C’est en choisissant de se reposer sur la puissance de son médium - tant sur le fond que sur la forme - que le duo de réalisateurs réussit le pari de s’adresser à un plus large public que celui traditionnellement engagé.  Ils utilisent en effet l’art et son caractère universel comme porte d’entrée vers le message politique, celui de l’indépendance du Québec. Quelque part entre le documentaire, l’enquête de terrain et le suivi d’un projet artistique victime de ses propres limites, Felix Rose et Éric Piccoli retracent la quête identitaire et la désillusion de deux québécois. Les deux associés de Babel Films, qui n’en sont pas à leur coup d’essai en matière de documentaire politique, abordaient déjà l’engagement national par le biais d’une approche “tranche de vie” en suivant la prise de position politique du musicien Vincent Lemay-Thivierge dans Avec la gauche (2014). Cette approche contemporaine remet au goût du jour le débat sans cesse repris à l’écran et illustré par Le confort et l’indifférence (1981) de Denys Arcand. Le poids des mots est ici retransmis à la jeune génération à travers un choix judicieux d’oublier la voix-off. De plus, les plans dans lesquels Simon Beaudry court en kilt au milieu des moutons et des champs écossais sont particulièrement dynamiques.
Le hic de Yes réside dans sa fin, qui tombe à plat après l'essoufflement d’un projet et d’un propos pourtant pérennes. Ce constat d'échec final n'est-il pas incompatible avec ce pèlerinage artistique des idéaux?
L'avis de la rédaction :

Ambre Sachet: ***
Jean-Marie Lanlo: ***
Martin Gignac: ***
 

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