Pablo César parle de Orillas

2 mai 2011

Pablo César, réalisateur  argentin du film Orillas, était à Montréal à l’invitation du Festival Vues d’Afrique. Sa présence lui a permis de répondre aux questions posées par les spectateurs à  l’issue de la projection. Cinéfilic vous propose une sélection de ses propos (établie initialement pour le site Ondacorta.ca), dans lesquels il parle de son parcours, de ses projets, de ce qui explique son intérêt pour l’Afrique ou encore des racines africaines des Argentins.

Les racines africaines des Argentins
Deux millions d’Argentins ont des racines africaines sur 43 millions d’habitants environ. Ce ne sont pas des racines de l’époque coloniale, mais du début du 20ème siècle avec l’arrivée de personnes originaires du  Cap-Vert. La plupart des Africains arrivés en Argentine à l’époque de la colonisation sont morts car ils ont été envoyés dans l’avant-garde de l’Armée pendant la guerre entre l’Argentine et le Paraguay en 1856. Ils ont marché pieds nus de Buenos Aires à la frontière avec le Paraguay, soit 2500km. Ensuite, en 1880, les riches qui habitaient le quartier portuaire de Buenos Aires sont partis pour aller au Nord de la ville en bloquant le quartier complet pour que les Noirs ne puissent pas en sortir. Ça a été un génocide dont on ne parle pas. C’est cela qui m’a donné envie de faire ce film. J’ai choisi la fiction plutôt que le documentaire pour toucher un plus large public, pour permettre à la jeunesse de voir ses racines, car la plupart ne les connaissent pas. Les Africains sont même à l’origine du tango… cela vient de Shango, le Dieu du tonnerre. Le petit tango sonne comme le tonnerre… shango… tshango… tango… nous avons beaucoup d’éléments africains chez nous, mais ils ont été niés. Pour moi, c’est très important de savoir d’où l’on vient.

Le métissage noir/blanc en Argentine
Le métissage a existé, mais uniquement entre noirs et indiens. Dans la période coloniale, il n’y a pas eu de métissage avec les blancs. Encore maintenant, les Argentins n’aiment pas trop les noirs… même si petit à petit, les choses changent.

L’intérêt de Pablo César pour l’Afrique?
Quand j’étais enfant, je regardais Tarzan à la télé. C’était une série très raciste, avec un homme blanc qui crie… et tous les Africains font ce qu’il veut! C’est terrible! Mais quand j’étais petit, je ne voyais pas ce message. La nuit, je rêvais beaucoup d’Afrique. Dans mes rêves, il y avait un groupe d’Africains derrière moi, et j’avais un peu peur. Plus tard mon premier long métrage (La sainte famille) a été sélectionné au festival d’Amiens, en France. J’y ai découvert le cinéma africain et en 1989, j’ai été invité pour être membre du jury au festival de courts métrages de Kelibia. En arrivant en Tunisie j’ai été touché et j’ai décidé de tout faire pour tourner en Afrique. Peu à peu j’ai découvert les autres pays et j’ai pu comprendre les racines argentines, que j’explique maintenant dans Orillas.

Le parcours cinématographique de  Pablo César
C’est mon huitième long métrage. J’ai tourné mon premier long métrage en Argentine (La sainte famille) en 1987. Après, j’ai tourné en Tunisie à partir de poèmes soufis, puis j’ai fait un film en Argentine sur le rock avec Luis Alberto Spinetta, qui est très connu, puis en Inde (Le jardin des fruits) et un autre au Mali avec les Dogons. Je projette d’ailleurs de retourner en pays Dogon car la cosmogonie des Dogons est très impressionnante. La science a fait des découvertes déjà mentionnées par Marcel Griaule dans les années 30-40. Après, j’ai fait un film en Argentine (Sangre, un film un peu autobiographique), puis Unabku, mon septième long métrage, également tourné en Argentine.

Ses projets.
J’ai un projet pour tourner cette année en Argentine et en Inde, à l’occasion du 150ème anniversaire de la naissance du poète indien Rabindranath Tagore. En 1924, il est allé en Argentine et a eu une relation presque spirituelle de type maître et élève avec Victoria Ocampo, l’écrivaine argentine. Ce film va parler de cette rencontre et de la philosophie de Tagore. Il disait qu’il fallait changer le système d’éducation dans le monde, et en finir avec le système victorien pour apprendre par la nature et par le jeu. Ensuite, il y aura un autre film avec les Dogons. Entre les années 30 et 45, ils ont transmis à Marcel Griaule et à son équipe d’ethnologues la cosmogonie dogon (qui vient de la cosmogonie égyptienne) et qui ressemble beaucoup à la théorie des cordes, établie ensuite par des physiciens.

À propos d’Orillas et de ce cœur d’un Argentin acheminé vers l’Afrique pour sauver un Africain…
Je préfère que les gens aient leur propre interprétation… mais le cœur de Shantas [l’Argentin], qui se croit invincible, va continuer à vivre et va sauver la vie d’un jeune Africain. Donc, le cœur retourne en Afrique, ça veut dire que la communication continue entre les deux continents. Quand la mère [du jeune africain] découvre le tatouage de Shango sur la poitrine du donateur, elle est choquée car elle a refusé que son fils continue son initiation en raison de sa chance de recevoir un cœur, et elle voit un orisha [une divinité afro-américaine] sur le corps du donateur. Cela s’explique par le fait qu’en Argentine, de nombreuses personnes pratiquent la religion umbanda, surtout dans les bidonvilles… on y invoque les orishas pour la santé, la chance, le travail.

Propos sélectionnés et remis en forme par JM Lanlo à l’occasion du festival Vues d’Afrique de Montréal, le 1 mai 2011.
 

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