Entretien avec Deborah Chow

19 avril 2011

À l'occasion d'un entretien accordé à Ondacorta, Deborah Chow (dont The High Cost of Living sortira dans les salles du Québec le 22 avril 2011), nous a parlé de son film, mais aussi de son parcours artistique, du bilinguisme et de Montréal. Cinéfilic vous propose une version un peu plus complète de cet entretien (avec une question bonus concernant l'éventuelle différence entre les réalisateurs et les réalisatrices dans le traitement de certains sujets):

The High Cost Of Living est votre premier long métrage. Pourriez-vous nous parler de son élaboration?
Ça a été long… à peu près cinq ans, à partir du moment où j’en ai eu l’idée et celui où je l’ai réalisé. J’ai fait environ dix ébauches pendant ces cinq ans, ça a beaucoup évolué… c’était comme une montage russe. Je pense qu’avec le premier film, c’est toujours difficile parce que c’est le premier.

Et avant de faire ce film, quel a été votre parcours?
Avant cela, j’ai surtout fait des courts. Après mes études de premier cycle universitaire à Montréal, j’ai réalisé un court métrage. C’est là que ma passion est née. J’ai ensuite déménagé à New-York où j’ai fait ma maîtrise en réalisation. Je suis restée à New-York quelques temps, j’ai fait des courts, et après ça, j’ai commencé à écrire des scénarios de longs métrages.

Et comment décririez-vous The High Cost of Living.
Je suis la pire personne pour répondre à cette question!

Quelle en est l’histoire?
Pour moi, tout est dit dans le titre. Ça parle de ces choses qui arrivent dans votre vie, que vous n’attendiez pas, et qui ne sont pas bonnes. Et vous devez continuer à avancer et trouver un moyen de continuer à vivre malgré ça, car la vie est ainsi… bonne et mauvaise. Le thème principal du film porte sur deux personnages qui doivent trouver une façon de surmonter la tragédie qui leur arrive dès le début du film. Leur vie en est affectée.

Il y a beaucoup de sujets dans ce film : la maternité, la cruauté du destin, les choix de vie, la faiblesse des hommes [rires partagés], le bilinguisme. Tous étaient-ils présent dès le début, ou certains sont-ils apparus au cours du processus d’écriture? Et lesquels étaient les plus importants?
Cela a clairement changé au cours des ans, ce qui est normal avec tant d’ébauches. Le plus grand changement est qu’au début, le personnage principal était celui d’Isabelle [Blais] (…). J’ai commencé à réaliser que le personnage de Zach [Braff] vit un voyage personnel particulièrement intéressant à travers ses efforts pour accepter cette épreuve. Au fur et à mesure, il m’a même semblé que son parcours devenait peut-être plus intense que celui de Nathalie [le personnage interprété par Isabelle Blais]. La distance entre son point de départ et d’arrivée est immense. C’est là le plus gros « changement ». C’est devenu moins un film sur la perte d’un bébé qu’un film sur la relation entre les deux personnages.

La perte de l’enfant reste cependant un aspect important. Après avoir vu le film et en avoir parlé à des mères, certaines m’ont dit que porter et donner naissance à un bébé mort était une de leur angoisse pendant la grossesse. Pensez-vous qu’un homme aurait pu aborder le film de la même façon?
C’est difficile à dire parce qu’évidemment, je ne possède que mon expérience personnelle et je ne sais pas si le fait d’être une femme a changé quelque chose. Certains réalisateurs hommes ont des sensibilités différentes, mais il est vrai que le fait de porter un enfant occupe une grande place dans la vie d’une femme. J’ai été inspirée par des films, par exemple les films des frères Dardenne comme L’enfant ou Rosetta. L’enfant met en scène un bébé qui se fait vendre (…). On ressent quand même l’agonie de la mère qui vit l’épreuve. Un autre film qui m’a inspirée a été Head on de Fatih Akin. (…). Des hommes sont venus me voir après les projections pour me dire qu’ils avaient ressenti les émotions et compris ce que les personnages ressentaient.

Un autre sujet intéressant du film est le bilinguisme. Il y a un Montréal anglais et un Montréal français. On a l’impression qu’ils n’interagissent pas vraiment, surtout dans les films. Qu’est ce qui vous a donné envie d’en faire un des thèmes de votre film?
En ce qui concerne la langue utilisée pour le film, il y a le fait que je suis anglophone et que je voulais faire un film en anglais. Je savais que le film se déroulerait à Montréal, mais je ne voyais pas comment un film en anglais peut être tourné uniquement en anglais. Dès l’instant où ils quittent la maison, les personnages sont en contact avec des restaurants, des taxis qui eux, parlent français. Un film campé à Montréal et joué uniquement en anglais ne me semblait pas authentique. Le personnage de Zach a toujours été conçu comme étant Américain, pour lui donner une dimension supplémentaire, celle de celui qui n’est même pas Canadien et qui ne parle pas un mot de français alors que quelqu’un de Toronto connaîtrait au moins quelques mots de français. Je souhaitais ainsi accroître la divergence entre les personnages, faire en sorte qu’ils viennent de deux milieux vraiment différents. (…)

Comment avez-vous ressenti ces deux cultures en venant vivre à Montréal?
Je suis arrivée ici à 18 ans, à titre d’étudiante, je n’étais peut-être pas très dégourdie… j’ai beaucoup changé depuis ! J’étudiais alors à Mc Gill, qui est très anglophone. Ce qui m’a étonnée quand je suis revenue vivre ici est le manque de curiosité que j’avais eu à l’époque. J’ai l’impression que je n’étais jamais sortie du Plateau... je savais que le français était là mais je n’y avais pas été confrontée. La plupart de mes amis étaient anglophones, il y a beaucoup d’Américains à Mc Gill et j’avais en fait réussi à vivre ici pendant 4 ans sans jamais « rencontrer » le français. Quand je suis revenue, et en faisant le film, j’ai pu rencontrer différentes communauté et interagir avec elles, mais il est vrai que la grande majorité de mes amis ici parle anglais, j’imagine que c’est naturel. Ce serait bien qu’il y ait plus de mélange, et je suis certaine que certaines personnes vivent des situations plus « bilingues ». Il me semble impossible de vivre uniquement en anglais à Montréal. Mais cette situation crée un espace créatif et dynamique, autour des quartiers du Plateau et du Mile-end, où une communauté anglophone est très active.

Travaillez-vous en ce moment sur un nouveau projet ? Quel en sera le sujet ?
Je travaille sur un nouveau projet. J’ai commencé à travailler sur ce nouveau projet avant même de commencer celui-ci alors il est déjà très avancé. J’en suis à la correction et réécriture du scénario et j’espère que ce sera mon prochain film. C’est très différent, plutôt du genre fantasy
Entretien réalisé à Montréal par Jean-Marie Lanlo le 12 avril 2011
Traduction : Jean-Marie Lanlo et Geneviève Pigeon
 

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