Cosmopolis ***

8 juin 2012

Eric Packer (Robert Pattinson), jeune roi de la finance, passe la journée dans sa limousine transformée en véritable bureau. Aujourd’hui, il a un objectif: traverser Manhattan pour se rendre chez son coiffeur. Mais la présence du Président des États-Unis en ville et des émeutes qui éclatent un peu partout rendent sa tâche difficile.

Réalisateur: David Cronenberg | Dans les salles du Québec le 8 juin 2012 (Les Films Séville)

Cosmopolis se déroule les trois quarts du temps dans une voiture, son personnage principal est antipathique (et vit dans un monde qui l’est tout autant), ses dialogues sont hermétiques... autant dire que le programme ne semble pas particulièrement alléchant, mais heureusement, David Cronenberg a du talent.
D’un point de vue purement cinématographique, la réussite est évidente. Nous apprécions dans la mise en scène de Cronenberg sa pureté, sa manière d’amplifier l’irréalité de cette limousine-monde (elle roule, mais il n’y a jamais aucun bruit ou aucun mouvement), sa gestion d’un espace restreint (presque tout se passe dans la voiture: on y baise, on y pisse, on s’y fait examiner la prostate, on y reçoit des visites…), ou sa capacité à isoler du monde extérieur tout en rendant palpable son danger.
Le casting aussi mérite qu’on s’y attarde. Tous les acteurs sont parfaits (avec des mentions spéciales pour les deux frenchies de service (Juliette Binoche et Mathieu Amalric dans des petits rôle) et pour Paul Giamatti (dans un rôle tardif mais fondamental)) mais ce qui frappe avant tout, c’est le choix improbable de Robert Pattinson. Son personnage étant fade et insignifiant même s’il se croit supérieur, nous ne chercherons pas à savoir s’il s’agit d’un rôle de composition, ni ne tirerons de conclusions sur les talents d’acteur de Pattinson, mais une chose est sûre : ce choix apparait finalement judicieux.
Le rapport à l’œuvre adaptée (le roman éponyme de Don DeLillo) est également intéressant. Les éléments que David Cronenberg en a conservés ne sont jamais réduits à l’état de passages obligés mais parviennent à nourrir le film de leur essence pour en faire davantage une œuvre autonome qu’une vulgaire copie du roman. Cronenberg s’approprie en effet à merveille cette limousine, parabole d’un monde refusant de disparaitre (la scène dans laquelle la voiture est prise dans une manifestation et chahutée, pendant que le personnage interprété par Pattinson continue à parler en sirotant son whisky, en est une parfaite illustration). De leur côté, les dialogues très nombreux, oscillant régulièrement de l’abstraction à l’absurde, renforcent cette impression de monde parallèle en complet décalage avec la réalité. Là encore, le choix courageux de Cronenberg d’avoir eu recours en grande partie aux dialogues de DeLillo s’avère efficace.
Pourtant, la somme des qualités du film ne parvient jamais à former un tout réellement satisfaisant, comme si le regard froid que porte Cronenberg sur un homme vivant dans un monde qui n’est pas le notre nous laissait de marbre. Le sujet, le talent et l’intelligence sont là… il manque malheureusement une petite étincelle!
 

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