Lawless (Sans loi) **½

28 août 2012

En pleine prohibition, dans le fin fond de la Virginie, les trois frères Bondurant (Shia LaBeouf, Tom Hardy et Jason Clarke) distillent à tout va. Leur trafic va prendre petit à petit de l’ampleur, mais l’arrivée de Charlie Rakes (Guy Pearce), un nouveau représentant de la loi à la personnalité et aux méthodes bien particulières, bouleverse tout.

Réalisateur: John Hillcoat | Dans les salles du Québec le 29 août 2012 (Alliance Vivafilm)

Le réalisateur John Hillcoat et le scénariste Nick Cave (oui... LE Nick Cave, qui avait fait ses armes comme scénariste avec Ghosts... of the Civil Dead en 1988, réalisé aussi par John Hillcoat) s’attaquent à une histoire vraie. Que l’on soit sensible à ce genre de précision, ou plutôt agacé par le besoin hollywoodien de se baser sur des faits vécus, il n’en demeure pas moins que l’information n’est pas complètement juste. Lawless est en réalité l’adaptation du livre The Wettest County in the World écrit par Matt Bondurant, à la gloire de ses aïeux. Respectueux de l’esprit subjectif du récit original, John Hillcoat s’appuie sur la légende familiale et contribue à sa diffusion sans être avare de facilités: les policiers sont tous corrompus, le policier venu de la ville est aussi ridicule physiquement que véritablement taré, en plus d’être prêt à tout pour faire respecter sa loi, et les trois frangins ont chacun un (et un seul) trait de caractère (l'aîné est porté sur la boisson mais est loyal; le cadet est une brute au grand coeur, et le benjamin est une poule mouillée que les épreuves de la vie vont transformer en homme)... et jamais personne ne se pose de questions! Pour transformer ses héros en exemples de courage parvenant à sortir de la misère et à prendre le dessus sur les injustices d’un pouvoir défaillant, John Hillcoat a recours à de véritables faire-valoir (les femmes). Elles ont l’avantage d’être très avares en mots, ce qui limite le risque de tensions pouvant faire ressortir un côté sombre chez les frères idéalisés. Mais à force d’avoir recours à des personnages caricaturaux et de multiplier les pseudo moments de bravoure auxquels on ne croit qu’à moitié (le passage du personnage interprété par Shia LaBeouf du statut de poltron à celui d’homme en est un bel exemple), le film lasse et nous donne l’impression de vouloir s'adresser à des enfants, un peu comme un père qui raconterait à son fils les exploits légendaires du grand-père pour l’endormir.
À la fin de The Man Who Shot Liberty Valance, John Ford nous rappelait que lorsque la légende est plus belle que la réalité, il vaut mieux imprimer la légende. Mais pour que la légende soit belle, encore faut-il y croire. En proposant un film aux allures réalistes tout en nous montrant des personnages qui ne le sont pas, John Hillcoat ne parvient pas à atteindre son but. Certes, le film possède des qualités indéniables (le réalisateur est un faiseur d’images talentueux; l’ambiance musicale concoctée par Nick Cave est très réussie, les acteurs font ce qu’on leur demande), mais à quoi servent-elles si on peine à y croire... et ce, malgré le maintenant indispensable “d’après une histoire vraie”!
 

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