Foxfire ***

16 mai 2014

Aux États-Unis dans les années 50, des filles forment un gang pour se protéger des hommes et venger certaines injustices.

Réalisateur : Laurent Cantet | Dans les salles du Québec le 16 mai 2014 (Les Films Séville)

Tous les deux films, Laurent Cantet livre une œuvre éblouissante et essentielle. Après le réussi Ressource humaine, il y a eu l’exquis L’emploi du temps. Suite à l’inégal Vers le Sud, place au superbe Entre les murs qui chamboule autant à chaque nouveau visionnement. Bien qu’il parle encore de la jeunesse, Foxfire n’a cependant pas le même impact que la prestigieuse Palme d’Or qui l’a devancé.
Adapté d’un roman de Joyce Carol Oates (il y a eu une autre transposition cinématographique en 1996, très oubliable, d’Annette Haywood-Carter), ce nouveau long métrage souffre de sa trop longue durée: près de 2h30. Entre un efficace premier acte et un dernier acte bluffant, il y a une intrigue très (trop) ambitieuse et souvent répétitive qui porte sur l’amitié, les classes sociales, le conformisme, la nécessité de respecter des lois et la difficulté de trouver sa place dans un monde réglé au quart de tour. Des thèmes essentiels mais un brin désordonnés, qui ratissent large - le communisme, le racisme - sans pour autant perdre de vue le fil d’Ariane : la naissance du féminisme dans une société machiste.
L’expression à l’image peut manquer de subtilité et de nuance, surtout pour un cinéaste aussi sensible que Cantet. Si la démonstration est un peu poussive, elle demeure toujours sincère. Le réalisateur soigne son sujet d’une mise en scène élégante et précise, portée par une trame sonore toujours appropriée (tubes de l’époque et même du Timber Timbre). Quelques scènes, touchées par la grâce, donnent des frissons. Le rire n’est jamais loin du drame et la satire, du mélo. Sa direction d’acteurs est précise même s’il n’évolue pas dans sa langue et malgré des clichés et des stéréotypes, les comédiens peu connus offrent des compositions nuancées.
C’est à se demander ce qu’un Olivier Assayas ou un Claude Chabrol aurait fait avec une matière première aussi féconde. Sans se l’approprier totalement, Laurent Cantet offre un film de qualité, imparfait mais assez séduisant. En espérant que son prochain Retour à Ithaque ne prendra pas trois ans avant de sortir au Québec…
 

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