The Immigrant (L’immigrante) ***½

23 mai 2014

Fraîchement débarquée à New York, l’immigrante polonaise Eva (Marion Cotillard) est prise en charge par Bruno (Joaquin Phoenix), un homme de cabaret aux activités louches qui la pousse à se prostituer.

Réalisateur : James Gray | Dans les salles du Québec le 23 mai 2014 (Les Films Séville)

Famille et religion. Ce sont les deux pierres angulaires du cinéma de James Gray et elles sont à nouveau omniprésentes dans cette fresque clair-obscur sur la construction du rêve américain qui arrive à s’ériger sur une terre qui était loin d’être fertile.
À partir d’un canevas qui n’est pas sans rappeler l’illustre America, America d’Elia Kazan (son précédent Two Lovers lorgnait déjà vers le Splendor in the Grass du même Kazan), The Immigrant ressemble parfois à une toile en train de sécher, gracieuseté du formidable travail à la photographie de Darius Khondji dont la lumière et les couleurs brunâtres s’apparentent au mythique The Godfather.
S’il faut être patient avant que ce long métrage prenne véritablement son envol et qu’il révèle ses nombreux charmes, il n’y a pas de quoi s’ennuyer. La direction artistique est impressionnante, au même titre que la reconstitution historique. Certaines scènes vraiment splendides font rêver du chef-d’œuvre potentiel qu’aurai pu être ce film, alors que le climat de désenchantement et de romantisme – mais non dénué d’espoir – évoque la tragédie et même quelques classiques d’Hugo.
Le scénario a beau être riche et complexe, il manque cependant un peu de relief. L’héroïne est beaucoup trop lisse, ce qui empêche l’émotion de percer. Surtout que Marion Cotillard n’arrive pas suffisamment à nuancer son jeu, créant trop souvent une barrière entre sa souffrance et l’attachement que peut éprouver le spectateur à son égard. Cela va beaucoup mieux du côté de Joaquin Phoenix, d’une subtilité sidérante, qui personnifie à merveille cette noirceur ambiante. Et que dire de Jeremy Renner en illusionniste et prophète de bonheur, dont le caractère ironique rend souvent sa démarche insaisissable. Le Yin et le Yang, qui se complètement à merveille, donnent leur lot de symboles et de métaphores réussis.
Moins mémorable que ses précédents Two Lovers, We Own the Night et The Yards, James Gray s’affiche tout de même en belle forme avec The Immigrant et offre son récit le plus ambitieux à ce jour, mais aussi étrangement le plus sage. La proposition aurait pu marquer le septième art américain du 21e siècle, mais après avoir passé tout juste à côté, on en ressort avec des bribes de perfection et un essai qui tient tout de même très bien la route.
 

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