Under the Skin ****

9 mai 2014

Une extra-terrestre (Scarlett Johansson) séduit les hommes pour les attirer dans son antre et les faire disparaître.

Réalisateur: Jonathan Glazer | Dans les salles du Québec le 9 mai 2014 (Métropole)

Avec Under the Skin, Scarlett Johansson se joint à Jonathan Glazer et le suit dans une proposition très radicale composée d’un fil narratif particulièrement tenu et de dialogues quasi inexistants. Le résultat aurait pu donner un exercice de style menaçant de tourner à vide, mais il est en réalité passionnant d’un bout à l’autre. Glazer parvient à captiver le spectateur grâce à la force de sa mise en scène et à l'utilisation qu'il fait de Scarlett Johansson, idéale pour le rôle. Son jeu est très neutre, volontairement désincarné, sans émotion mais également très sexuel, envoûtant, presque animal. L’actrice devient sous la caméra de Glazer une prédatrice pure, qui n'agit ni pour faire souffrir ni par plaisir vicieux. Ses victimes sont d’ailleurs consentantes et leurs morts sont visuellement très douces, dénuées de toute trace de sang ou de violence: elles s’enfoncent littéralement d’elles-mêmes dans la mort.
Glazer aurait pu continuer son fascinant et glacial travail graphique, mais il nous gratifie régulièrement de scènes de rue filmées de très près, comme s’il réalisait un documentaire en caméra cachée au milieu d’une foule. En forçant son personnage à découvrir de l'intérieur une espèce qu'il ne connaît pas, il apporte à son film une dose d’humain qui semble préparer son héroïne au changement. Après un événement particulier, elle va d’ailleurs oser commencer à agir comme ceux qui l’entourent: manger, baiser, se laisser aller… C'est là que le film prend tout son sens. En se comportant en humaine, c’est maintenant à son tour d’être chassée, d'avoir peur!
Ce qui ressemblait à un exercice de style sans fil narratif (mais très réussi) se transforme progressivement en un film beaucoup plus complexe et douloureux: un terrible portrait de l'espèce humaine. Le personnage de Scarlett Johansson se comportait comme un animal et tuait par nécessité. Finalement, Glazer nous rappelle que l'homme peut être bien pire que cela!
 

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