Entrevue avec Marcel Jean (auteur du Dictionnaire des films québécois)

15 décembre 2014

Marcel Jean, grand spécialiste du cinéma québécois, vient de compléter le Dictionnaire du cinéma québécois (qu’il avait à l’époque codirigé avec Michel Coulombe) en publiant un Dictionnaire des films québécois (Éditions Somme toute), tout aussi indispensable. Nous avons eu le grand plaisir de le rencontrer!

Faire un dictionnaire des films est un travail de titan! Quel a été pour vous le déclic?
Michel Coulombe et moi avions amorcé en 86 et terminé en 88 la rédaction d’un Dictionnaire du cinéma québécois. C’était un dictionnaire biographique, et nous avions décidé d’opter pour une approche «objective» en nous adjoignant un tas de collaborateurs. Il y en avait 70, de tous les horizons politiques et culturels. Nous voulions trouver pour chaque texte la meilleure personne pour l’écrire, c’est-à-dire quelqu’un qui serait en mesure de défendre l’oeuvre des personnes retenues. (...) Quand j’ai quitté l’Office National du Film du Canada en 2005, je me suis dit que j’étais mûr pour refaire un ouvrage sur le cinéma québécois. Entre temps, j’avais fait pour les éditions du Boréal une petite histoire du cinéma québécois, dans un format du type Que sais-je. J’avais envie de trouver un autre angle, et j’ai eu l’idée d’un dictionnaire des films qui serait le complément du Dictionnaire du cinéma québécois, mais j’ai voulu le faire seul car j’ai pensé qu’il n’aurait de sens qu’avec une réelle portée critique, c’est à dire un regard qui ne vise pas l’objectivité mais qui interprète les œuvres, et va parfois jusqu’à les condamner. Il ne s’agit pas d’une critique très polémique, mais il y a tout de même des partis pris très affirmés dans cet ouvrage. Une des raison qui m’a amené à le faire c’est le constat que j’ai fait autour de 2005 d’un renouveau du cinéma expérimental au Québec, car l’obsolescence de tout l’équipement autour de l’argentique faisait en sorte que tout ce qui coûtait très cher avant devenait accessible. Les indépendants se faisaient donner des projecteurs, de la pellicule, des tireuses optiques, des tables de montage. (...) Il y a eu avec la fondation du Conseil des Arts et des Lettres du Québec, du Programme de jeunes créateurs à la Sodec, de l’Inis ou du mouvement Kino un développement très important du court métrage. Tout cela m’a donné envie de créer un livre et de prendre en compte des gens qui n’ont pas encore une grande œuvre. Cette forme me permettait d’aller chercher ces œuvres, mais également des œuvres qu’on avait négligées dans le Dictionnaire du cinéma québécois parce qu’il s’agissait de films orphelins. Dans ce contexte, je me suis embarqué dans le projet du dictionnaire, ce qui m’a amené à revoir 2500 films, car j’avais décidé de ne rien écrire de mémoire.

Vous avez décidé de revoir tous les films, même ceux pour lesquels vous aviez pris des notes?
Oui, même ceux que j’avais critiqués 10, 15 ou 20 ans avant. Je voulais pouvoir poser sur eux un regard du 21e siècle. Parfois, il y a un véritable réajustement qui s’effectue. Par exemple, dans le cas de Charles Binamé, El Dorado a eu une certaine résonance dans les années 90… Il a été sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, il était très soutenu par la critique ici. Quand on le revoit maintenant, on s'aperçoit qu’il est assez empêtré dans la mode de l’époque. Par contre, La beauté de Pandore, du même Binamé, qui a été assez mal reçu quelques années plus tard, résiste beaucoup mieux au temps. Il est mieux scénarisé, avec plus de rigueur, interprété et filmé avec plus de sobriété. C’est donc intéressant de réajuster tout ça et de dire ce qu’on remarque d’un film avec un regard d’aujourd’hui! Par contre, on peut faire mention du fait qu’il a été reçu très différemment quand il est sorti 20, 30 ou 40 ans plus tôt. C’est intéressant de voir qu’un film comme À tout prendre de Claude Jutra, qui est un des classiques du cinéma québécois, a été extrêmement mal reçu lors de sa sortie. J’en fais la preuve en citant plusieurs textes parus à l'époque. (...)

Je vais rebondir sur beaucoup de choses que vous avez dites, en vous demandant quelques précisions… mais je vais commencer par votre première remarque. Pourquoi ne pas avoir gardé la même démarche d'oeuvre collective?
Précisément parce que je voulais que ce soit un ouvrage critique. Si on était allé avec un collectif, j’aurais eu peur que l’ouvrage parte dans trop de directions. En faisant tout moi même, c’est mon regard… et donc un regard. On peut être d’accord ou pas, mais il y a une cohérence dans la manière d’approcher les choses.

Mais ce qui est intéressant dans votre livre, contrairement à certains dictionnaires qui prennent vraiment des positions très poussées, c’est que vous conservez une approche historique en parlant parfois de la perception du film au moment de sa sortie comme vous venez de le dire. De plus, vous restez parfois sur une analyse qui ne va pas complètement vers la critique, c’est à dire sur une analyse assez détachée sur certains films… et pas forcément très poussée. Certains films sont très détaillés, mais pour d’autres, on a l'impression que vous restez un peu en retrait. C’est une volonté de ne pas aller trop à contre-courant ou de rester un ouvrage de référence? Je pense en effet qu’en prenant trop de positions radicales, vous auriez perdu ce statut d’ouvrage de référence.
Ce n’est certainement pas une volonté de ne pas aller à contre-courant. Par contre, c’est une volonté assez nette de faire un ouvrage de référence. Je suis par nature un modéré. Toutes les fonctions que j’ai occupées ont été des fonctions de négociation ou d’arbitrage. J’ai été un producteur qui pouvait parler à la fois le langage des créateurs et des financiers. C’est un peu ce qui caractérise ma position naturelle. Ensuite, il y a le fait que ce qui m’intéresse dans le cinéma, et dans l’approche d’une cinématographie, c’est de faire ressortir ses dimensions à la fois sociologiques et mythologiques. Je m’intéresse beaucoup à ça: Qu’est-ce que les films disent de nous en temps que collectivité, en temps que peuple? C’est pour ça que plusieurs analyses vont dans le sens d’une analyse mythologique. Par exemple, tout le mythe du Québécois pionnier et défricheur, la tension entre l’idéologie de conservation et la modernité, le mythe du héros contrarié qui prend racine dans la conquête (...). Tout ça m'intéresse dans la cinématographie québécoise, et je l’ai abondamment exploré et discuté dans ce livre, notamment à travers les œuvres de Pierre Perrault qui abordent ces questions-là.

En ce sens, c’est vraiment un prolongement de votre petit livre sur le cinéma québécois.
Oui, c’est une autre approche.

Je saute un peu du coq à l’âne… mais puisqu’on parle de livre, j’ai envie de parler du format! À une époque où on va sur internet dès qu’on se pose une question, vous êtes vous demandé si un dictionnaire avait encore une raison d’être aujourd’hui?
Oui, c’est une question que je me suis posée et que je continue de me poser. Il est pour moi évident que dans le temps, cet ouvrage a un destin en ligne. Mais je pense qu’actuellement, il y a encore beaucoup d’intérêt des lecteurs pour l’ouvrage papier. Paradoxalement, la consultation papier est une consultation très rapide. Depuis que j’ai l’ouvrage entre les mains, je me rends compte de la masse d’informations que je gérais numériquement dans mon ordinateur. Je les consulte maintenant plus rapidement grâce au livre. Cela dit, il y aura dans quelques semaines une version électronique et avec le temps, il y aura sans doute quelques itérations de la version électronique. À un moment donné, ça sera peut-être une application qui permettra de circuler à l’intérieur de cette masse d’information.

En même temps, ce qui est intéressant dans un livre, c’est que les choix que vous faites prennent de l’importance. On ne consulte pas uniquement un dictionnaire pour aller vers une entrée précise. On peut aussi aller vers un dictionnaire pour le feuilleter et se laisser guider, attirer par un titre. Et ça, on ne le retrouve que grâce au papier! Cela m’amène à vous interroger sur votre choix de films! Il y a des absents… et des présents qui surprennent.
C’est la part la plus complexe…

Anaïs Barbeau-Lavalette par exemple… vous n’avez pas l’air de grandement apprécier ses films, mais ils sont là tous les deux!
Elle est là car c’est une jeune cinéaste dont on parle beaucoup. J’ai pensé que beaucoup de gens allaient être intéressés à lire sur ses films. J’écris pour un lecteur! Il fallait donc que je réagisse à ses deux films. Mais c’est vrai qu’il y a des absents par choix. On m’a beaucoup parlé de l’absence d’Un 32 août sur terre de Denis Villeneuve. Pour moi, c’est la chose la plus faible réalisée par Denis Villeneuve. Toutefois, depuis Incendie, il a pris une importance supplémentaire dans le cinéma québécois, ce qui mérite une réévaluation. Je pense donc que pour une version subséquente, je vais traiter ce film! Les choix se font au fur et à mesure. Il faut se souvenir que tout ça c’est fait sur plusieurs années. Il y avait parfois des évidences… et parfois des interrogations. Dans ces cas là, j’attendais un peu avant de prendre une décision. Et parfois, un nouveau film a pu entraîner une réévaluation. Je prends l’exemple de Kim Nguyen: pour moi, ses trois premiers longs métrages ne sont pas du tout convaincants. Mais avec Rebelle, il prend une nouvelle dimension. Après avoir fait l’entrée de Rebelle, je me suis donc dit qu’il fallait traiter d’au moins un autre de ses films. J’ai donc fait l’entrée sur Le Marais très récemment.

Ça me donne envie de rester sur des exemples concrets de cinéastes récents: Jean-Marc Vallée par exemple! J’aime beaucoup Café de Flore… mais je sais que nous sommes peu à le défendre. Je comprends qu’on n’aime pas le film, mais je regrette qu’il n’y ait pas d’entrée… même si vous ne l’aimez pas. Je pense qu’il peut y avoir beaucoup de choses à dire à son sujet. On a l’impression parfois que vous avez évitez les films que vous n’aimez pas.
Par exemple?

Café de Flore justement… Mais je peux aussi donner l’exemple de Miron!
Miron, c’est un film qui est arrivé un peu tard pour moi! Avec les films les plus récents, c’est plus compliqué. C’est surtout une décision liée au calendrier. Dans le cas de Café de Flore, c’est un film qu’aime beaucoup Jean-Marc Vallée. J’avais mis beaucoup de ses courts métrages et ses deux premiers longs, mais c’est un film qui ne m’a pas convaincu. J’ai pris la décision de ne pas le faire à ce moment-là, mais la décision n’est pas irrévocable pour une nouvelle édition éventuelle. La carrière de Jean-Marc depuis est extrêmement convaincante. C’est clairement un cinéaste important. Si je ne l’ai pas choisi, ce n’est pas pas refus de la polémique, car cela n’en aurait pas été une, la majorité des critiques ayant émis beaucoup de réserves. C’est une décision que j’assume, mais qui n’est pas irrévocable. Vous savez, il y a une phrase de Paul Valéry que j’avais constamment en tête en faisant ce livre, c’est «on ne termine pas un livre, on l’abandonne». C’est particulièrement vrai d’un dictionnaire comme ça. (...) Dans les derniers mois, il faut savoir s’arrêter, et donc faire des deuils. Depuis que j’ai remis le manuscrit, un nombre important de films est apparu! Je pense à Felix & Meira, à Corbo que je n’ai pas encore vu mais qui va probablement avoir une résonance! On pense à Chorus, de François Delisle, qui sera en compétition à Sundance, que j’ai vu, et qui est le meilleur film de François Delisle!

C’est mieux que Le météore?!?
Oh oui… c’est mieux que Le météore! C’est un film extraordinaire! Le météore était son meilleur film, et celui là est encore plus remarquable!

(...)

Et quand on parle des choix, ça nous amène à parler du métier de critique. C’est parfois difficile de critiquer de manière négative certains films de certaines personnes que l’on peut apprécier. Pour un dictionnaire, j’imagine que c’est encore plus vrai. Vous êtes vous retrouvé avec ce genre de problème en rédigeant votre dictionnaire, qui est destiné à devenir un ouvrage de référence.
J’ai commencé à faire de la critique en 1982. J’ai plus de 30 ans d’expérience! J’ai donc l’habitude…

Mais un dictionnaire, c’est autre chose… ça a plus d’impact!
Ça ne m’empêche pas de dormir d’avoir émis des réserves ou d’avoir été dur sur l’oeuvre de quelqu’un que j’apprécie et que je connais bien. Par ailleurs, pour certains cinéastes qui ont une filmographie abondante, il a fallu que je fasse des choix et que j’en enlève!

(..)

On ne peut en effet pas mettre tous les films d’un cinéaste, même s’il est important!
Pour les cinéastes importants, j’ai donc mis les films les plus intéressants, ou ceux qui ont eu la plus grande résonance. En en mettant plus, il y aurait eu plus de réserves, mais je ne l’ai pas fait par volonté de préserver, mais en raison de considérations matérielles (le temps dont on dispose, la grosseur du manuscrit, etc.). Mais ce livre est un work in progress… Il y aura une seconde édition, avec des entrées supplémentaires, qui ne seront pas uniquement des entrées récentes. Il y aura une réévaluation de ce qui a été fait avant.

Vous pensez qu’il pourra y avoir des sorties?
Je ne vois pas l’intérêt de sortir des titres. Une fois qu’ils sont écrits, ils sont écrits. Il y a eu des sorties dans le Dictionnaire du cinéma Québécois car il y a des gens qui avaient un début de carrière prometteur… et tout à coup, il ont fait autre chose! Dans ces cas là, on les sort car ils n’ont plus leur place. Mais il y aura des ajouts. Je suis sélectionneur de festival, et il y a régulièrement des films qu’on ne choisit pas et qu’on regrette ensuite de ne pas avoir choisis. (...) C’est un peu le cas avec un dictionnaire. On se dit qu’on peut se passer d’un film, et en y repensant, on se dit qu’on a fait une erreur.

Dans vos critères, vous avez pris en compte la perception critique ou publique d’un film?
Clairement. Vous avez parlé d’Anaïs Barbeau-Lavalette tout à l’heure. C’est une cinéaste dont les films ont eu une résonance médiatique importante. Humainement, c’est quelqu’un de très intéressant. C’est une jeune femme très impliquée, très généreuse… Si j’ai des réserves quant à ses films, je n’ai pas de réserves quant à son personnage. Je sais que beaucoup de gens veulent lire sur ses films. Cela aurait donc été inexplicable de ne pas les inclure.

(...)

Je vais continuer avec des exemples précis! J’ai beaucoup aimé un film de Marc Bisaillon, La vérité, que vous n’incluez pas à votre dictionnaire, alors que vous parlez de La lâcheté, que je trouve beaucoup moins bon, et que vous semblez ne pas beaucoup aimer non plus! Pourquoi en parler?
J’aime plus La lâcheté que La vérité.

Et donc, vous prenez un de ses films car vous pensez que le metteur en scène peut avoir un potentiel?
Je pense que Marc Bisaillon a un réel désir de cinéma, et de réelles ambitions. J’ai eu à choisir dans sa filmographie et j’ai pris celui que je considère être le meilleur.

Le choix n’est donc pas uniquement lié aux films, mais aux réalisateurs…
Oui… mais pas uniquement. Lorsque je constatais que je n’avais qu’un long métrage de fiction pour une année donnée, j’allais chercher une liste exhaustive des films produits cette année avec la volonté d’aller chercher deux ou trois films représentatifs de cette année.

Il y a donc aussi un travail sur le temps. Pour chaque année, il fallait qu’il y ait au moins un expérimental, un court métrage…
Et s’il n’y en avait pas, j’essayais de comprendre pourquoi pour avoir la certitude qu’il n’y a vraiment rien eu cette année là. Il y a aussi un équilibre par nom. Pour certains cinéastes, je me demandais pour chaque film s’il fallait le mettre avant de dire finalement non. Si on dit trois fois «finalement non» après hésitation, ça veut peut-être dire que le réalisateur mérite qu’on repêche un de ses films pour équilibrer. En travaillant ainsi, cela permet d’être le plus représentatif de la cinématographie québécoise. Mais il y a parfois des cinéastes qui sont absents car on ne peut pas trouver leurs films.

Mais justement, lorsque vous voulez voir figurer des cinéastes pour lesquels vous n’avez pas accès aux films, vous n’avez pas voulu reprendre vos notes par exemple.
Non. Le film Comme hier matin d’André Turpin, qui est pour moi un des meilleurs courts métrages réalisés à cette époque, est introuvable. Je n’en parle donc pas. Même chose pour Carlos Ferrand et son film Fenêtre sur ça, un court métrage majeur des années 80. Il y avait eu un texte très positif dans Séquences, j’avais fait moi même un texte très positif dans Le Devoir… Malheureusement, même Carlos n’en a plus de copies!

Le dictionnaire a aussi un rôle de mémoire à jouer. Dans un cas comme ça, ne vous êtes-vous pas demandé s’il serait possible de faire une entrée avec un descriptif, mais sans en faire la partie critique, pour que le film reste…
Ce n’était pas le projet, mais ce n’est pas impossible d’imaginer que je m’autoriserai ça dans le futur. Mais vous savez, je pense que les films réapparaissent aussi! Je l’ai constaté quand on a fait le Dictionnaire du cinéma québécois avec Michel Coulombe. Une fois que le livre existe, certaines personnes vous contactent pour vous dire: «J’ai des trucs pour toi». (...) Ce genre de chose va se produire dans les prochaines semaines.

Tout n’est pas forcément facile à trouver car votre dictionnaire ne parle pas que des longs métrages de fiction mais aussi de films expérimentaux, de documentaires… et des courts métrages. Dans un dictionnaire classique, je pense que les longs métrages de fiction représentent 95% des entrées. Ce n’est pas du tout le cas ici.
Les longs métrages de fictions sont clairement minoritaires ici.

Vous êtes très impliqués dans le domaine de l’animation, mais est-ce la seule raison qui explique ce choix?
Non, ça s’explique aussi par la nature de notre cinématographie, qui est née du documentaire. Sur la durée nous avons produits plus de documentaires que de longs métrages de fiction. De plus, en raison de la présence de l’ONF à Montréal, le cinéma d’animation est plus importante dans le cinéma québécois que dans n’importe quelle autre cinématographie dans le monde. Quand il y a des listes des 100 meilleurs courts métrages d’animation, on se retrouve avec 15 ou 20 films québécois. Je n’ai pas le chiffre en tête, mais il y a entre 7 et 9 courts métrages d’animation québécois qui ont gagné un Oscar. C’est fou! Au contraire, il n’y a qu’un long métrage de fiction! Il ne faut pas oublier ça et ne pas sous-estimer ces formes de cinéma dans notre évaluation de ce qu’est notre cinématographie. Notre attention est généralement portée sur le long métrage de fiction, mais il faut parfois remettre les pendules à l’heure!

Je ne connais rien à l’animation… je vais donc parler du documentaire: c’est un genre qui continue à être très présent. Les jeunes cinéastes me donnent l’impression d’être à l’écoute de leurs racines cinématographiques. En tant qu’enseignant, vous avez senti cette envie d’aller vers ce qui a forgé le cinéma québécois?
La génération apparue dans les années 80, comme Jean-Claude Lauzon ou Léa Pool, n’est pas passée par le documentaires. Avant ça, mise à part André Forcier et Jean-Pierre Lefebvre, qui a fait son premier documentaire très tard, la plupart des cinéastes étaient passés par le documentaire. Il y a eu un refus du documentaire dans les années 80, une volonté d’affirmer notre volonté de faire du cinéma de fiction qui ne reposait pas sur les recettes documentaires, mais il y a eu un retour de balancier. Aujourd’hui, de nombreux cinéastes passent de l’un à l’autre, ou se situent à une sorte de frontière. Avec Denis Côté par exemple, on est souvent entre le documentaire et la fiction!

(...)

Pour conclure, je dois dire une fois de plus que je trouve ce travail très remarquable! De votre côté, quand vous voyez votre dictionnaire, qu’est ce qui vous rend le plus fier… ou le plus heureux?
Ce qui me rend heureux, c’est en particulier d’avoir écrit sur des films un peu oubliés ou sur lesquelles peu de choses ont été écrites. Ce qui rend heureux, ce sont souvent des détails. Robert Daudelin me parlait depuis longtemps d’un film de Jean Lafleur qui s’appelle Tant que s’illuminera l’animal stratifié, qu’il avait vu sans avoir l’occasion de le revoir. J’ai réussi en fouillant dans les archives de la Cinémathèque à trouver une copie et à me la faire projeter… C’est un film formidable, expérimental, fait dans les années 70, à une époque où il y avait très peu de production expérimentales au Québec. D'avoir vu et écrit sur ce film et de faire en sorte que des gens s’y intéressent aujourd’hui et aient peut-être envie de le projeter… c’est ce genre de choses qui rend heureux!

Entrevue réalisée par Jean-Marie Lanlo à Montréal le 11 décembre 2014
 

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