Danny Collins **½

10 avril 2015

Un chanteur vieillissant (Al Pacino) décide de changer ses habitudes de vie après que son agent (Christopher Plummer) lui a offert une lettre vieille de 40 ans lui étant destinée et écrite par John Lennon.

Réalisateur : Dan Fogelman| Dans les salles du Québec le 10 Avril (Remstar)

De l’artiste en quête de réhabilitation à l’homme qui recherche la rédemption alors que s’entame le dernier acte de sa vie, l’œuvre récente d’Al Pacino semble plus que jamais travaillée par la question de la dernière chance. C’était le sujet du très gênant The Humbling  (dans les coulisses du théâtre), c'est également celui de Danny Collins et très potentiellement du Manglehorn de David Gordon Green. La légende vivante du cinéma américain frôle aujourd’hui les 75 années d’existence et avec elles s’agitent inépuisablement les questions de la mortalité, des mauvais choix du passé, du sens de la vie et de l’art. Dans ce contexte, Danny Collins se révèle dans l’ensemble plutôt intéressant et assez agréable. Sur un registre comique (ce qu’on attend peu chez Pacino) et de la part d’un réalisateur débutant dont on n’espérait pas grand-chose, le film trouve en l’acteur vénérable de Godfather le modèle parfait pour ce chanteur jadis prometteur, rendu au fil de décennies de décisions purement commerciales un bouffon has-been aussi sympathique que ringard. La dégringolade artistique vécue cette dernière décennie par l’acteur trouve à cet effet un écho criant dans la lassitude de Collins, et tout particulièrement dans la reconquête de son talent perdu.
On aurait pu entrevoir dans cette histoire d’un talent pur contaminé par le succès le prétexte à un enchaînement de clichés et pourtant ce n’est pas tout à fait le cas. Ou plutôt oui, mais parce que l’industrie musicale est elle-même un trop plein de clichés (drogues, alcool, groupies, refus pathétique du vieillissement..). Cela permet à Dan Fogelman de s’en moquer sans scrupules et de détailler ses travers l’espace d’une délectable introduction.
Le reste du film, un cadeau en or pour Pacino, déroule un laborieux mais néanmoins divertissant processus de réhabilitation d’un homme qui court à la fois après l’authenticité de son art et après la chance de recoller les morceaux cassés avec un fils qu’il n’a jamais vu. Péchant par un excès de sentimentalisme et porteur d’une idéologie franchement repoussante (l’argent achète le bonheur et effacera tous les maux de la classe populaire), ce premier film du scénariste de Crazy Stupid Love se révèle au final ni mauvais, ni grandiose (on rêve toujours du retour de Pacino chez Mann ou encore De Palma).
Sympathique et regardable, mais en panne de cette profondeur que promettait son sujet initial, Danny Collins est surtout à prendre comme un portrait affectueux d’un artiste qui cherche à briller d'un dernier éclat de grandeur avant de tirer sa révérence pour de bon !
 

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