FNC 2015 : Much Loved ***

17 octobre 2015

Réalisé par Nabil Ayouch

Au Maroc, pays où il a été filmé, Much Loved est interdit de sortie. Le film est accusé d’être pornographique et de heurter les valeurs morales. L’accusation est ridicule, voire grotesque, mais démontre à quel point la dernière œuvre de Nabil Ayouch a un caractère dissident.
Le film est en effet loin d’être pornographique, même s’il suit le parcours de plusieurs prostituées marocaines. En fait, la sexualité à l’écran, souvent présentée pendant des moments très courts, ne sert jamais à aguicher. Par le point de vue de ces femmes, Ayouch capture une partie marginalisée de la société marocaine et met en évidence une répression sexuelle aux effets néfastes.
Much Loved est ancré dans le cinéma social et n’évite pas certains écueils fréquents dans le genre. Ainsi, certains passages ou certains personnages ont des fonctions didactiques. C’est notamment le cas pour la famille d’une prostituée, qui ne semble exister que pour montrer la misère. Ses membres ne prennent jamais l’ampleur de personnages à part entière.
Ces quelques passages sont d’autant plus décevants qu’Ayouch prouve par ailleurs qu’il est capable de mieux affiner ses personnages. Lorsqu’il traite d’identité de genre et d’orientation sexuelle notamment, le réalisateur se fait très observateur. Il forme du même trait une critique virulente de la violence vue comme preuve de virilité et trouve dans cette idée le parfait contrepoint à ses personnages de prostituées. De celles-ci, Much Loved fait un portrait sensible et compréhensif.
Si l’œuvre est en fin de compte peu provocatrice, l’interdiction qui l’accable montre que donner une voix aux marginalisés est un geste de dissidence de premier ordre.
L'avis de la rédaction :

Olivier Bouchard:***
Sami Gnaba:***½
 

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