Steve Jobs***½

16 octobre 2015

Le film retrace les grands moments de la vie personnelle et professionnelle de Steve Jobs, le cofondateur d’Apple, en montrant les coulisses de trois lancements (en 84, 88 et 98) de produits crées par lui.

Réalisateur : Danny Boyle | Dans les salles du Québec le 16 octobre (Universal)

Parmi l’ensemble des biopics américains des dernières années (The Imitation Game, The Theory of Everything, Pawn Sacrifice..), Steve Jobs se distingue superbement du lot. Il nous faudrait sûrement citer le Social Network de David Fincher pour trouver une œuvre de la même ampleur que celle-ci. Fincher avait d'ailleurs envisagé à un certain moment de mettre en scène le scénario d’Aaron Sorkin (responsable aussi de Social Network et de Moneyball), avant de céder sa place à Danny Boyle, un cinéaste dont on espérait peu et qui pourtant ici surprend, délaissant momentanément sa mise en scène tape à l’œil pour se mettre au service de son histoire et de ses personnages.
Mise en scène classique mais expressive , distribution de grande qualité dominée de bout en bout par un fabuleux Michael Fassbender, véritable merveille en terme d’écriture et d’efficacité narrative: Steve Jobs est l’une des plus passionnantes propositions que le cinéma américain a offert cette année. Sa réussite −et elle est tout simplement éclatante− tient en un nom : Aaron Sorkin, scénariste qui de série en série, de film en film, ne cesse de peaufiner avec noirceur son portrait de l’Amérique d’aujourd’hui.
Comme il l’avait fait pour le créateur de Facebook, le regard qu’il pose sur le père fondateur du iMac et iPhone est sévère, incisif. Au regard des biopics hollywoodiens trop schématiques pour être honnêtes, trop concentrés à célébrer le génie de leurs sujets coûte que coûte, Steve Jobs est une merveilleuse anomalie cinématographique, continuellement en train de révéler les zones d’ombre de son protagoniste, explorant les multiples facettes (père absent, ami et collègue tyrannique, obsessionnel) de cet homme insaisissable, prêt à tout pour s’élever vers les sommets.
Campé dans des espaces clos, labyrinthiques, qui rendent compte visuellement de cette personnalité indéchiffrable aux relations peu harmonieuses, le film privilégie les longs-plans. Cela permet de prendre vie aux dialogues de Sorkin déclamés comme des continuelles parties de ping-pong verbal, tout en conférant aux scènes un rythme effréné et électrisant. En témoigne magnifiquement le duel final entre Jobs et Steve Wozniak, une amitié trahie comme celle entre Zuckerberg et son coloc, qui révèle toute l’obstination aveugle et le mépris par lesquels ces grands génies modernes doivent passer pour arriver à leur fin… Il est juste dommage que le film s’oblige dans ses derniers moments à réhabiliter la personne de Jobs à travers ses retrouvailles forcées avec sa fille.
L'avis de la rédaction :

Sami Gnaba: ***½
Miryan Charles: ***
Sébastien Veilleux: ***
 

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