Ma mère / My Mother (Mia Madre) ****

24 juin 2016

En plein tournage de son nouveau film, une cinéaste (Margherita Buy) doit prendre soin de sa mère malade.

Réalisateur : Nanni Moretti | Dans les salles du Québec le 24 juin 2016. (Les Films Séville)

Plus d’une année après avoir été montré à Cannes en compétition officielle, Mia Madre arrive ENFIN au Québec et il ne faudrait pas bouder son plaisir, d'autant plus qu'il s'agit d’un des meilleurs longs métrages de son réalisateur.
Reprenant le canevas du mélo qui lui a si bien servi sur son bouleversant La chambre du fils, Nanni Moretti y ajoute une réflexion puissante sur le septième art. Il offre ici sa Nuit américaine en filmant les rouages d’un film, de ses moments de doute à sa création douloureuse. L’humour omniprésent vient du décalage en place, d’une vision qui n’arrive pas à se matérialiser et de la prestation joyeusement caricaturale de John Turturro en vedette qui n’est même pas capable de lire son texte en italien.
Ce problème de communication se fera d'ailleurs sentir à tous les niveaux, bouleversant cette sphère privée entre la cinéaste et sa fille adolescente, entre l’héroïne et sa propre mère. Là où le spectre de la manipulation lacrymale était énorme, Moretti l’évite par sa mise en scène douce et sensible. La déchirante musique rend les yeux tristes et ces ellipses – réelles ou fantasmées – en forme de rêves ou de retours dans le temps donnent une dimension tragique aux êtres et à leur destin. Margherita Buy est d’une justesse inouïe et un seul de ses regards risque de chavirer même les cinéphiles les plus endurcis.
Alors que Moretti a parfois eu du mal à bien balancer ses précédents efforts (l’intime fonctionnait davantage que le social dans April, c’était tout le contraire du côté du Caïman, Habemus Papam manquait parfois de mordant et ses premiers ouvrages de sérieux), Mia Madre trouve ce délicat équilibre entre légèreté et profondeur, entre divertissement de luxe et maturité qui laisse bouche bée.
De quoi le ranger en haut de sa filmographie, aux côtés de Journal Intime et La chambre du fils.
L'avis de la rédaction :

Martin Gignac: ****
Jean-Marie Lanlo: ***
 

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