Noces ***½

31 mars 2017

Zahira Kazim - jeune lycéenne belgo-pakistanaise - se heurte aux traditions du mariage dès lors qu’on lui impose de choisir un époux pakistanais via Skype.

Réalisateur: Stephan Streker | Dans les salles du Québec le 31 mars (K-Films Amérique).

Hormis une différenciation notable dans le jeu des couleurs, Stephan Streker se pose en dramaturge de la nuance dans son troisième film, Noces. Le personnage écartelé de Zahira (époustouflante Lina El Arabi) est en ce sens l’allégorie la plus juste d’un discours peu manichéen. Dans son rapport aux obstacles auxquels elle fait face, la jeune lycéenne n’est ni victime ni révolutionnaire. Dans son refus d’une confrontation, Zahira - en quête constante de liberté face au mariage imposé par ses parents - insuffle au récit une figure féministe juste, car bien loin des extrêmes associés à l’image du mouvement. La foi de la jeune femme demeure immuable (les nombreux plans dans lesquels Zahira continue de prier malgré le refus d’obéir), ce qui écarte la piste de l'oppression simpliste liée à la religion.
La palette de couleurs chaudes et les costumes choisis pour le film ne sont pas anodins. Omniprésents, le vert/bleu, le rouge et le jaune reflètent l’évolution de Zahira au fil de son combat intérieur à travers lequel s’opposent famille et identité, à la manière d’une Antigone des temps modernes. À l’école, symbole de son mode de vie occidental, le vert règne. À la maison, c’est le jaune des canapés et des lumières tamisées qui retranscrivent le sens des traditions et le lieu où Zahira nage en eaux troubles. Enfin elle arbore un rouge à lèvres puis un voile couleur carmin tel un ultime signe de résistance. Ce tableau hétéroclite débarque ensuite en bloc le jour des fameuses noces avec le jeune Adnan: c’est l’apothéose du déchirement identitaire pour la jeune femme.
Que ce soit dans l’avancement du propos ou dans la construction des personnages, l’appel de la caricature n’est jamais assouvi, pour le bonheur du cinéphile. À l’image de Zahira, le film s’empare avec raison de l’adjectif “engagé” au détriment de l’étiquette militante, poussant de ce fait à la réflexion plutôt qu’à une vision préétablie des thèmes qu’il aborde. La remise en question du mariage forcé est évidente, mais Streker va au-delà de la condamnation en lui préférant l’ouverture au dialogue et la compréhension de la société pakistanaise. D’où la première scène du film, tournée en plan-séquence, dans laquelle la confusion de Zahira face à l’avortement n’existe pas dans le but de délégitimer l’acte mais plutôt d’exprimer une expérience plurielle parasitée par une responsabilisation de la femme qui universalise le malaise. Après Michael Blanco (2004) et Le monde nous appartient (2012), Noces est une tranche d’adolescence puissante et réussie.
L'avis de la rédaction :

Ambre Sachet: ***½
Jean-Marie Lanlo: ***½
Martin Gignac: ***
 

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