Après la tempête / After the Storm (Umi yori mo mada fukaku) ***½

5 mai 2017

Ryota, écrivain divorcé en mal d’inspiration, oscille entre un salaire de détective privé qu’il préfère dépenser en jeux d’argent plutôt qu’en pension alimentaire, et une tentative de renouer avec son fils après la mort de son père.

Réalisateur: Hirokazu Kore-eda | Dans les salles du Québec le 5 mai (Cinéma du Parc)

Kore-eda ne fait aucune entorse aux règles de sa filmographie en reprenant avec Après la tempête ses thèmes de prédilection que sont le microcosme familial, les rapports au deuil et à l’enfance. C’est par le prisme de l’ambition avortée et d'une structure narrative cyclique basée sur l’arrivée imminente du typhon n°23 à Tokyo que le cinéaste japonais introduit son treizième film.
La grand-mère, le père et son fils: trois générations se confrontent à la perte de l’être cher que l’omniprésence de l’espace saturé d’une cité HLM compense et qu’un plan dans la cuisine réunit à travers différentes profondeurs de champs. Point d’étreinte ou de pathos chez Kore-eda, mais tout en retenue à l’image de Tel père, tel fils (2013), il est question de réécrire des définitions basiques mais cruciales sur l’origine de ce cocon propre à chacun en prenant soin de ne jamais donner tous les éléments de réponses. La délicatesse avec laquelle est abordé l’angle de la désillusion et de l’adulte face au temps - celui de la vie et celui du climat - suffit à faire le lien entre la déconstruction d’un modèle familial et l’impossibilité de concrétiser ses ambitions. Comment repenser l’évolution de la famille contemporaine nippone et la relation d’interdépendance longtemps entretenue avec l’insertion sociale?
Faute de ne pouvoir respecter une organisation familiale chronologique depuis que Shingo - alter ego d’un Kore-eda inspiré par sa relation avec la figure paternelle - semble plus mature que son père et que la grand-mère (percutante Kirin Kiki) joue à l’enfant pour que tous soient auprès d’elle à l’approche du typhon, chacun assiste à la disparition d’un point d’ancrage qui les empêche de poursuivre leurs rêves d’enfants. Face à l’accomplissement de soi, l’intelligence du schéma narratif s’illustre par un renversement où la grand-mère s’offre une seconde vie à la mort de son mari alors que le jeune Shingo se positionne comme le plus désabusé de tous. D’où le regard dur posé sur cette réalisation tuée dans l’œuf dont la binarité est rappelée par des plans bicolores aux teintes désaturées. Après la tempête, donc, pas nécessairement le beau temps puisque le cynisme pointe son nez face au vieillissement et à l’importance que chacun accorde à l’approbation des siens, mais une once d’espoir qui effleure, par la luminosité des dialogues, chaque détail du quotidien.
L'avis de la rédaction :

Ambre Sachet: ***½
Jean-Marie Lanlo: ***½
Miryam Charles: ***
Martin Gignac: ****
Pascal Grenier: ****
Olivier Maltais: ***½
 

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