Foxtrot ***½

23 mars 2018

Une famille de Tel Aviv apprend le décès de son fils soldat, mort dans l’exercice de ses fonctions.

Réalisateur : Samuel Maoz | Dans les salles du Québec le 23 mars 2018. (Métropole Films)

Le foxtrot est un style de danse. Les quatre premiers pas qu'un débutant apprend forment un carré, l'obligeant à revenir à son point de départ. La métaphore est au cœur de cette œuvre sensible, qui a remporté le Grand prix du jury à la dernière Mostra de Venise.
Débutant dans le mélo pour mieux aller vers l'ironie puis la tragédie, ce long métrage est à la fois une radioscopie du régime israélien qui envoie sa jeunesse au front, une critique acerbe de la guerre où l'on enterre aisément ses fautes et ultimement un rappel presque divin que le hasard n'existe pas. Cet amalgame d'émotions, teintées à la fois de mélancolie et d'absurde, donne un goût unique au cocktail.
L'histoire un brin didactique trouve son ancrage chez un couple en apparence sans histoire dont l’abîme s'avère profond. Si l'homme (excellent Lior Ashkenazi, comme toujours) mène d'abord la danse, il se fait rattraper par sa femme (sublime Sarah Adler, égale à elle-même) qui lui renvoie la monnaie de sa pièce avec quelques dialogues d'une tristesse infinie. Le duel au sommet déborde évidemment sur le plan métaphorique de cette nation divisée entre le Père et la Mère, où le statu quo n'est jamais bien loin.
Le foxtrot du titre s'exprime également sur le plan cinématographique. Le film est divisé en quatre parties - les quatre pas du carré - de durées inégales, se permettant des digressions temporelles et scénaristiques. Les scènes se déroulant chez la famille endeuillée, tournées de haut comme le regard omniscient de Dieu, donnent un certain sentiment de claustrophobie. Ce n'est peut-être pas aussi viscéral physiquement que le précédent et étonnant Lebanon du même cinéaste, mais l'effet y est. Puis il y a ces séquences sur le jeune soldat et ses camarades d'armes qui surviennent dans des lieux sombres s'enlisant lentement mais sûrement. Le symbole est efficace à défaut d'être subtil. La réalisation est si fignolée, si étudiée qu'elle finit un peu par aseptiser la vie qui en ressort.
Si sa bande-annonce pouvait rappeler l'excellent feel-good movie israélien La visite de la fanfare avec sa musique et son dromadaire, Foxtrot demeure un opus beaucoup plus sombre, de qualité certaine, qui captive aisément avec ses détours vers la bande dessinée. De quoi faire oublier quelques légers passages à vide et une séance tardive de marijuana!
L'avis de la rédaction :

Martin Gignac: ***½
Jean-Marie Lanlo: **½
Ambre Sachet: ***½
 

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