5 août 2018

Locarno 2018 | ★★★½ | L’époque

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Réalisé par Matthieu Bareyre
Paris. 2015, 2016, 2017. Voilà le point de départ de L’époque. À partir de cela, Matthieu Bareyre dresse le portrait d’une certaine jeunesse française, entre les attentats de Charlie hebdo et la présidentielle de 2017.
Pour y parvenir, il arpente le Paris des bars, des rues ou des manifs, rencontre des jeunes issus des beaux quartiers ou des cités, des dealers ou des étudiants, des DJ ou des activistes (eux-même non-violents ou membre des Black Blocks)... Mais tous ces jeunes sont-ils vraiment représentatifs d’une époque comme le laisse supposer le titre? Peut-être pas. Sont-ils même représentatifs d’une génération? Probablement pas non plus, car la jeunesse française n’est pas uniquement parisienne et noctambule comme celle rencontrée dans le film. Mais finalement, ce titre trompeur importe peu, car Matthieu Bareyre parvient avec une force rare à nous faire partager l’air du temps à travers ses rencontres, toutes passionnantes et complémentaires. Quels que soient les profils des personnes interrogées, il sait leur parler, les écouter, les relancer quand il faut, et surtout les mettre à l’aise.
Mais ses qualités ne sont pas seulement humaines. Elles sont également cinématographiques. S’il sait familiariser ses interlocuteurs avec sa caméra, il sait aussi utiliser celle-ci pour capter des moments de vie, des lieux, des impressions. Son travail de montage est également particulièrement réussi. Qu’il s’agisse du montage image (signé Matthieu Bareyre, Isabelle Proust et Matthieu Vassiliev) ou son (Stéphane Rives), il évite au film d’être une succession de rencontres filmées face caméra, mais donne au film une respiration, une cohérence. Il contribue à la restitution de l’air du temps, à cette ambiance du Paris nocturne, c’est-à-dire un univers où le réel se fait tour plus léger et plus grave, où les craintes, les angoisses, les espoirs et le désir d’exister ou de combattre se font plus grands.
Cependant, ce documentaire à la fois beau et touchant comporte une faiblesse qui provient paradoxalement d’une de ses plus belles rencontres: Rose. Elle aurait pu à elle seule être le sujet d’un film, et il est probable que Matthieu Bareyre partage ce sentiment. D’ailleurs, il lui accorde une place particulièrement grande, qui représente justement cette faiblesse: le déséquilibre finit par fragiliser l'amalgame qui soudait entre eux des éléments pourtant très différents.
Ce défaut n’empêche cependant pas le film d’être un très grand documentaire, qui marquera probablement son époque. Malheureusement, nous ne pouvons nous empêcher de penser qu’il aurait pu être encore plus que ça. Mais il ne s’agit que d’un premier long-métrage. Laissons à Matthieu Bareyre un peu de temps avant de lui demander de signer un chef-d’oeuvre!

(Film visionné dans le cadre de notre collaboration avec Festival Scope | Film disponible gratuitement sur cette plateforme en août 2018, sous réserve des places disponibles).
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