Roméo onze **

9 mars 2012

Rami (Ali Ammar), en plus d’être atteint de paralysie cérébrale, vit une relation conflictuelle avec un père qui aimerait bien voir son fils suivre le destin qu’il lui a tracé. Particulièrement mal dans sa peau en raison de cette situation difficile, il essaie d’y faire face en se créant une double vie sur internet sous le pseudonyme de Roméo onze. Il y fait vite la rencontre d’une jeune fille avec qui il se lie. L’inévitable devra finir par se produire : passer de la virtualité à la réalité et rencontrer cette nouvelle amie à qui il s’est dépeint en des termes trop flatteurs pour correspondre à la réalité.

Réalisateur : Ivan Grbovic | Dans les salles du Québec le 9 mars 2012 (Métropole Films Distribution)

Le point de départ de Roméo onze est particulièrement intéressant. Son jeune héros (Ali Ammar) doit à la fois faire face aux attentes professionnelles et familiales de son père (en restant sur la voie réservée aux membres de la communauté libanaise de Montréal) et à un lourd handicap. La conséquence de cette double difficulté est une timidité extrême. Si le poids de la communauté et la difficulté de vivre avec un handicap sont des éléments majeurs du récit, ils permettent surtout à Ivan Grbovic d’aborder des sujets plus universels (la timidité bien sûr, mais également le passage à l’âge adulte ou la possibilité non dénuée de risque de s’affirmer et d’exister grâce au monde virtuel). En complément de cette approche prometteuse, vient se greffer la qualité de la photographie, assurée par Sara Mishara (probablement une des meilleures directrices photo québécoises du moment).
Malheureusement, ces espoirs seront de courte durée. Sara Mishara, associée avec Ivan Grbovic pour cosigner le script de Roméo onze, semble plus à son aise avec les images qu’avec l’élaboration d’un scénario. Les personnages secondaires sont trop superficiellement traités et le personnage principal, pourtant a priori très intéressant et tout en souffrance retenue, est abordé avec si peu de pertinence qu’il ne parvient jamais vraiment à nous attendrir (malgré l’interprétation globalement touchante de Ali Ammar). Pour enfoncer le clou, lorsque le potentiel initial du film commence à ne plus guère susciter d’attentes en raison de son effritement, une petite pirouette scénaristique vient définitivement annihiler le reste d’espoir que les plus optimistes pouvaient encore avoir. Sans rentrer dans les détails (nous ne voulons pas gâcher le plaisir des futurs spectateurs du film), ce twist, loin d’accroitre la compassion que nous pouvions ressentir pour le personnage, est d’un pathétisme affligeant. Ce choix scénaristique contestable ne peut être sauvé ni par une mise en scène qui semble alors assaillie par le doute, ni par le jeu d’Ali Ammar, qui sombre ici dans le ridicule. Loin de ressentir la moindre tristesse, le spectateur aura plus envie de rire. En sortant de la salle, il aura la triste et désagréable impression d’avoir assisté au suicide d’un film prometteur… notre déception n’en est que plus grande!
 

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