The Slut ***

16 mars 2012

Tamar (Hagar Ben Asher), une mère célibataire de 35 ans, vit avec ses deux fillettes dans un village d’Israël où son appétit sexuel est particulièrement apprécié des hommes du voisinage. Lorsque Shai (Ishai Golan), un séduisant vétérinaire, revient s’installer dans les environs, une relation amoureuse commence. Tamar se consacre alors exclusivement à un partenaire sexuel unique… mais pour combien de temps?

Réalisatrice : Hagar Ben Asher | Dans les salles du Québec le 16 mars 2012 (Cinéma du Parc)

Ce qui frappe avant tout à la découverte de The Slut (présenté à l’occasion de la Semaine de la critique du dernier Festival de Cannes), ce sont ses impressionnantes qualités visuelles (une mise en scène sobre et précise, des plans magnifiquement composés et une photo qui restitue parfaitement cette ruralité poussiéreuse). De manière rare, toutes les composantes de l’image contribuent à donner une réalité presque palpable aux différents protagonistes.
Au-delà de cette réussite, le film dresse le portrait beau et complexe d’une femme dont l’existence est l’illustration de l’impossibilité de vivre librement (à force de vouloir trop se libérer des obligations sociales, ne finit-on pas par se précipiter vers sa propre fin?). Hagar Ben Asher, réalisatrice-scénariste-actrice, à la fois belle et presque quelconque, forte et fragile, mère et putain, est l’incarnation parfaite de Tamar (même si d’après la principale intéressée, la raison pour laquelle elle s’est attribué le rôle reste encore un mystère).
Malheureusement, le film n’est pas exempt de défauts : l’écriture en ellipse est mal maitrisée et le choix de délaisser le personnage féminin (pourtant passionnant) au profit de l’homme (a priori sans grand intérêt) en milieu de récit pose problème. Les faiblesses narratives et la prévisibilité presqu’indécente des événements finissent par nuire aux personnages en les rendant de plus en plus caricaturaux, au moins jusqu’à cinq minutes de la fin! Trop improbables pour choquer ou même pour faire réagir, ces derniers instants sont une suite de micro événements tellement invraisemblables qu’ils laissent indifférents. Provoquer une réaction pour susciter une réflexion sur le bien, le mal, la violence, la vengeance, la souffrance ou la frustration aurait pu être intéressant… mais encore fallait-il réussir à nous en donner l’envie. En enlevant définitivement toute crédibilité à ses personnages dans les derniers instants, le film ressemble en fait à la triste démonstration qu’une idée d’écriture peut suffire à détruire ce que la puissance de la mise en scène était parvenue à créer. Inutile de dire que nous aurions préféré une autre conclusion.
Malgré ces importantes réserves, The Slut n’en demeure pas moins un film à conseiller vivement aux cinéphiles en raison des évidentes qualités de cinéaste de Hagar Ben Asher. Nous espérons qu’à l’avenir elle acceptera de se laisser porter par la force de ses images et les mettra pleinement au service de ses personnages, de leur vie, de leur complexité, de leurs douleurs…
 

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