Marina Abramovic: The Artist Is Present ***½

6 juillet 2012


L’organisation de l’exposition The Artist Is Present au MoMa de New-York donne l’occasion à Matthew Akers de revenir sur la carrière de “la grand-mère de l’art performance”, sur sa relation avec l’artiste Ulay et sur sa dernière œuvre, créée à l’occasion de l’exposition, dans laquelle elle resta assise 7h30 par jour, 6 jours sur 7, pendant 3 mois, face à une chaise où pouvaient venir s'asseoir les visiteurs de l’exposition.

Réalisation: Matthew Akers | Dans les salles du Québec le 6 juillet 2012 (EyeSteelFilm Distribution)

Le parcours artistique de Marina Abramovic, présenté dans la première partie du film, est l’occasion pour le spectateur non initié à l’art performatif d’en savoir plus sur cette discipline dans laquelle l’artiste ne se contente pas d’insuffler une partie de lui même à son œuvre, mais EST l’œuvre, quitte à prendre des risques considérables. Les spectateurs que cette forme d’expression artistique n’émeut pas seront dans un premier temps probablement confortés dans l’idée que le performeur est mû par un double désir de provocation et d'exhibitionnisme. Mais le personnage d’Ulay, qui fut à la fois le partenaire artistique et l’époux de Marina Abramovic, permet au film d’effectuer une transition logique vers la vie privée, et donc de découvrir la femme et non plus uniquement l’artiste / œuvre. Maniant visiblement l’art de la transition, Matthew Akers utilise une fois de plus Ulay pour faire un nouveau lien entre la vie privée de Marina Abramovic et sa plus récente performance (il est en effet venu s’asseoir face à son ancienne compagne à l’occasion de sa dernière prestation, ce qui donne par la même occasion naissance à une scène très touchante). Commence alors la partie la plus intéressante du film.
En plus de parvenir à portraitiser Marina Abramovic sans l'idolâtrer, le film très sobrement construit mais parfaitement articulé parvient à intéresser à cette forme d’expression les plus récalcitrants en faisant se multiplier en eux une infinité de questionnements, au lieu de provoquer un rejet. Matthew Akers suscite, sans avoir à les poser, des interrogations sur la pratique performative (art, provocation, expérience quasi scientifique, coquille vide?), sur le public (simple spectateur, ou co-artiste l’espace de quelques minutes?) et ses motivations (réel amateur d’art, voyeur, curieux, artiste méconnu cherchant sa minute de gloire?), sur l’artiste lui-même (égocentrique mégalomaniaque, idole, génie prêt à tout pour bouleverser le spectateur / visiteur et l'amener vers une réflexion sur le corps, le spectacle, la liberté?), et sur ce qui sépare le vrai du faux (si l’art est le recours au faux pour toucher au vrai... où situer la performance?).
Sans bouleverser le genre, Marina Abramovic: The Artist Is Present parvient à faire connaître un sujet qui peut en rebuter plus d’un, sans chercher à convertir le spectateur mais en le poussant à s’interroger pour essayer de comprendre... voilà un documentaire comme on les aime!
 

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