Corno ***½

29 mars 2013

Regard sur le travail et la carrière de Johanne Corneau, une peintre originaire de Chicoutimi qui s’est installée à New York et qui connaît un franc succès malgré la réticence de la critique.

Réalisateur : Guy Édoin | Dans les salles du Québec le 29 mars 2013 (Aetios Distribution)

Guy Édoin a toujours puisé les canevas de ses films dans son propre jardin. Que l’on pense à sa fameuse trilogie de courts métrages ou à son excellent Marécages, il parle de ce qu’il connaît, reste attaché à ses racines et décrit un milieu souvent rural qui n’est pas nécessairement prêt à affronter la modernité.
Il est donc surprenant de le voir derrière un documentaire comme Corno, qui semble si loin de ses obsessions. Mais n’est-ce pas une façon de sortir de son carcan, d’explorer un peu le monde pour mieux revenir par la suite à ses préoccupations : au cinéma de fiction? Surtout qu’il le fait à nouveau au travers des yeux d’une femme marginale, dont les liens familiaux lui permettent de garder la tête hors de l’eau dans la jungle urbaine qui l’entoure.
Plus qu’un documentaire usuel qui reprendrait de façon chronologique les évènements marquants d’une carrière tout en sentant l’infopub, cet essai est plutôt un portrait contrasté. Le cinéaste se refuse à enjoliver la réalité et se veut empathique sans être trop sympathique. Il se permet aussi quelques excursions plus subtiles vers les mauvaises critiques reçues et le manque de reconnaissance vécu par la peintre, vers ses moments de solitude qui la grugent de l’intérieur ou encore vers ses regrets de ne pas avoir eu d’enfants et une vie comme les autres.
L’existence de Corno est marquée et déterminée par son ambition, par son refus des conventions et par sa propension à se laisser envahir par ses inspirations. La réalisation d’Édoin épouse ces concepts et ne se veut ni tape-à-l’œil ni trop conventionnelle. La peinture triomphe, s’affiche au grand jour et donne le goût de se procurer ses œuvres.
Sans être un documentaire à tout casser comme l’était Over My Dead Body l’année dernière, Corno demeure un essai éclairant sur une artiste qui n’a que faire des normes formatées de son art et de tous les sacrifices qui lui ont permis d’être là où elle est aujourd’hui. C’est surtout une plongée enivrante et intime au sein de sa passion.
 

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