Spring Breakers ****

29 mars 2013

Après avoir dévalisé un restaurant, quatre jeunes filles (Ashley Benson, Selena Gomez, Vanessa Hudgens et Rachel Korine, toutes les quatre parfaites) s’offrent un spring break. Au menu: sexe, plage, alcool, drogue... mais également prison. Un rappeur gangster (James Franco, tout aussi irreprochable) les en sortira et leur fera découvrir son monde.

Réalisateur: Harmony Korine | Dans les salles du Québec le 29 mars 2013 (VVS Films)

Les premières images du dernier film d’Harmony Korine collent parfaitement au titre: on y voit la plage, les maillots fluos, les seins et les fesses qui frétillent, la bière qui coule à flots et les hormones dont les effets sont décuplés par le soleil. Très vite pourtant, le tableau change d’aspect. Pour donner vie à ces quatre filles sans le sous qui rêvent de vacances, Korine utilise une image sombre aux noirs profonds, une caméra mobile (mais sans excès) qui scrute au plus près les visages, une musique omniprésente et presque hypnotique, une narration chamboulée par le travail minutieux sur les voix hors-champs et le montage. Ces éléments purement cinématographiques nous plongent très vite hors de la réalité. Le braquage du restaurant, filmé du dehors en plan séquence, est lui aussi presque irréel et les premiers instants de vacances le sont tout autant.
Après avoir rêvé avec Disney, la jeunesse américaine change d’illusion mais reste aveuglée par ses fantasmes. Ici, l’alcool, la drogue et le sexe remplacent les princesses et les princes charmants et cachent la réalité d’un vide existentiel. On se raccroche à ses désirs. On croit en l’amitié illusoire d’un groupe de vacanciers en réalité composé de membres abêtis par un même fantasme de plaisir immédiat. Mais cet univers que dépeint Harmony Korine n’est pas éternel et la grande force de sa mise en scène est de nous faire imperceptiblement glisser du rêve au cauchemar .
Certes, sa proposition est parfois à deux doigts de tourner à l’exercice de style un peu vain, mais son sens du timing sauve la mise. Au moment où la vie de gangster qu’il dépeint commence à nous lasser tant il en restitue avec force la vacuité, son film bascule. Le doute n’est alors plus permis: le monde fantasmé par ces adolescentes aveuglées par l’argent (ou par le fluo de leurs maillots de bain) est définitivement devenu un cauchemar absurde et dérisoire. Le retour à la réalité sera difficile pour les personnages, mais également pour le spectateur, sonné par cette virée pop et virtuose dans un fantasme qui tourne court!
 

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