To the Wonder (À la merveille) ****

26 avril 2013

Une mère de famille (Olga Kurylenko) qui a décidé de quitter la France pour suivre son amoureux (Ben Affleck) aux États-Unis a du mal à s’adapter à sa nouvelle vie.

Réalisateur : Terrence Malick | Dans les salles du Québec le 26 avril 2013 (VVS Films)

On s’attend déjà à une critique contrastée envers le nouvel opus de Terrence Malick, plus encore qu’avec son grand frère The Tree of Life. Les cyniques glousseront de rire devant cet hymne à la vie et à l’amour, l’accusant de tous les maux, de se parodier et de se répéter, de faire passer ses images avant son scénario et d’être prétentieux.
Il ne faut pourtant pas se cacher derrière la mauvaise foi lorsqu’on se retrouve devant un des plus grands artistes du septième art. Il faut vouloir jouer le jeu, et l’exercice n’est pas pour tout le monde. Mais le cinéphile qui est prêt à se mettre en danger et à courir le risque se retrouvera avec un fascinant objet de cinéma qui ne ressemble à rien d’autre.
To the Wonder n’est pas tant un film qu’on long poème de près de deux heures, avec ses montées lyriques et ses plongées dans l’âme humaine, sa narration à la fois omnisciente et omniprésente. La trame narrative particulièrement contemplative prend la forme d’un échange entre le ici et l’au-delà, entre des êtres matériels qui ont des questions universelles et l’insaisissable qui pourrait posséder toutes les réponses. On y aborde la naissance et la disparition du sentiment amoureux, bien entendu, mais également la nécessité de croire et de continuer. Un discours qui montre toutes les beautés et les malheurs de l’existence, rappelant que l’espérance des jours meilleurs cogne à la porte.
Tout est mis au service de cette fable d’une divine beauté. La photographie est à couper le souffle, tout comme le splendide travail sur la bande-son. Le spectateur y entre comme dans un rêve éveillé et les personnages représentent ces esprits qui errent, aux possibilités infinies. Trouvant enfin un rôle à la mesure de son talent, Olga Kurylenko est la muse de l’essai, son moteur et sa bougie d’allumage. Elle est le soleil et le nuage de l’entreprise, son point d’ancrage d’un jardin secret où se tiennent en orbite Ben Affleck et Rachel McAdams. Ils sont tous la face d’un même être, au même titre que Javier Bardem qui incarne sa conscience, sa dimension morale et sociale.
Tentant de faire une symbiose entre la nature et l’humain, To the Wonder est plus qu’un trip esthétique, spirituel et romantique. Il s’agit d’une leçon de grâce, pas dénuée de naïveté et de tics propre à son auteur (oui, il y a toujours ces filles qui gambadent dans les champs), qui ose faire différemment les choses, ouvrant son cœur à qui veut bien l’entendre, au risque de se faire traîner dans la boue. C’était déjà le cas de Badlands, Days of Heaven, The Thin Red Line et The Tree of Life et bien que cette production ne soit pas à classer dans la même catégorie (Malick l’a réalisée en une année, imaginez s’il avait pris sa décennie habituelle pour peaufiner son récit), elle est tout de même supérieure à la grande majorité des longs métrages qui prennent l’affiche chaque semaine. Il faut seulement un peu de bon vouloir pour embarquer dans le train au lieu de le regarder passer de la gare.
 

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