The We and the I ****

26 avril 2013

À la fin de l’année scolaire, des adolescents du Bronx prennent ensemble le bus une dernière fois. Au fur et à mesure, le véhicule se vide et les relations entre les protagonistes deviennent plus personnelles.

Réalisateur: Michel Gondry | Dans les salles du Québec le 26 avril 2013 (108 Media)

Au premier abord, The We and the I ressemble à une parenthèse réaliste dans la carrière très personnelle de Michel Gondry. Pourtant, cette impression n’est peut-être pas si juste.
Le cinéaste nous fait dès le générique un petit clin d'œil (avec un car miniature et bricolé), mais les similitudes avec le reste de sa filmographie vont plus loin puisqu’on y retrouve deux des thèmes de prédilection du cinéaste. La création d’un monde intérieur (ici, grâce à la musique ou à la pratique du dessin) vue comme un moyen d’échapper à l’agitation ambiante et les préoccupations adolescentes (la recherche de sa personnalité) sont en effet des constantes de son œuvre.
Par contre, tout en restant très personnel, The We and the I porte pour une fois un regard sur le monde très ancré dans la réalité. Michel Gondry fait d’ailleurs presque oublier une proposition de départ techniquement complexe (95% du film se déroule dans un bus) au profit de son sens de l’observation. Il utilise à cette fin ce qui aurait pu être un procédé stylistique (le huis-clos dans le bus) comme fil conducteur narratif. Au fur et à mesure de la progression du véhicule, des élèves s’en vont et le comportement de ceux qui restent change.
Au début, Michel Gondry se fait donc fin observateur du phénomène de groupe (en réalité une lutte d’influence entre ses sous-groupes). Certains dominent (et peuvent tout se permettre) et d'autres subissent, tout en ayant cependant un statut préférable à la personne seule, vue comme un véritable rejet. Au fur et à mesure du trajet, le groupe s'atrophie, ce qui permet enfin aux individus de faire surface et de laisser de côté leur image ou le rôle étouffant qu'on leur attribue. Les échanges se complexifient, s'humanisent. La violence et le mépris laissent la place au (vrai) dialogue, à l'écoute, aux émotions.
La capacité de Michel Gondry à donner vie à ce microcosme grâce à un ensemble de jeunes non-comédiens superbement choisis (typés sans jamais être caricaturaux) et à sa maîtrise de l'espace finissent par impressionner et lui permettent de s'interroger avec justesse sur la société. Celle-ci ne pourrait-elle pas être plus agréable si ses composantes ne se comportaient pas comme des bestiaux dans une bétaillère et décidaient de s’ouvrir aux autres, d’assumer leur personnalité en refusant le règne de l’apparence?
C’est peut-être justement parce que The We and The I parvient à rester très personnel tout en osant affronter la réalité qu’il est bien plus qu’un petit film. Et si, d’ailleurs, c’était une des plus grandes réussites de son auteur?
 

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