La chasse / The Hunt (Jagten) ***½

17 mai 2013

Peu de temps après son divorce, Lucas (Mads Mikkelsen) reconstruit sa vie au moment où une petite vengeance d’enfant prend la forme d’un mensonge qui va bientôt se propager comme une évidence: Lucas aurait eu des gestes répréhensibles envers une fillette.

Réalisateur: Thomas Vinterberg | Dans les salles du Québec le 17 mai 2013 (Métropole Films)

Quatorze ans après avoir remporté le Prix du jury du Festival de Cannes, Thomas Vinterberg revenait l’an dernier sur la Croisette avec un autre film parlant de pédophilie, mais de manière complètement différente. Dans La chasse, l’accusation de pédophilie est infondée, mais tout le monde croit la prétendue victime. Ce point de départ permet au réalisateur danois, aidé pour l’occasion par un scénario intelligent et bien construit, une mise en scène discrète et d’excellents acteurs à rendre compte du calvaire de l’accusé, des doutes des proches de la victime et de la volonté compréhensible de protéger à tout prix l’enfant (quitte à la pousser à se conforter dans son mensonge). Une des grandes forces du film est de conférer à chacun des personnages une existence propre, ce qui nous évite de les percevoir uniquement comme des rouages nécessaires à la progression du récit. Tous ont de bonnes raisons d’agir comme ils le font et le drame semble ne pas avoir de responsables (même l’enfant agit dans toute l’innocence de son jeune âge, un peu comme si elle disait à ses parents “je ne t’aimerai plus jamais” après avoir été punie). Au delà de cette fatalité, le film livre également un cruel portrait du groupe, c’est à dire de ceux qui sont extérieurs au drame et qui se comportent comme une meute poussée par un instinct de protection de leur progéniture qui les empêche de réfléchir. D’ailleurs, même lorsque la justice disculpe Lucas, la foule cherche à imposer ses interdits et ses sanctions barbares. Quand tout semble clarifié et que les personnes directement impliquées prennent conscience de la réalité des faits, la communauté reste marquée par cette peur indélébile qui semble plus menaçante pour la société que la menace du mal. À ce titre, les dernières images, glaçantes, offrent une conclusion désabusée à ce très bon film qui parvient régulièrement à éviter les facilités auxquelles il aurait facilement pu céder.
 

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