Don Jon ***

27 septembre 2013

Jon (Joseph Gordon-Levitt) mène une petite vie réglée comme du papier à musique: entretien de son corps et de son logement, messe et repas en famille, sorties avec ses amis pour trouver une partenaire sexuelle et innombrables séances de masturbation sur internet (suivies des confessions hebdomadaires pour effacer ces horribles péchés). Lorsqu’il rencontre Barbara (Scarlett Johansson), il cesse de multiplier les conquêtes… mais parviendra-t-il à se passer de ses petits plaisirs solitaires?

Réalisateur: Joseph Gordon-Levitt | Dans les salles du Québec le 27 septembre (Remstar)

Pour son premier film, Joseph Gordon-Levitt n’a pas eu peur de porter plusieurs casquettes: en plus de la mise en scène il est aussi l’auteur du scénario et se confie un rôle titre omniprésent. Il parvient cependant à éviter de tomber dans le piège qui le menaçait et ne donne jamais l’impression de mettre son film au service de son ego. Pour éviter que son film ne tourne au one man show déguisé, il parvient à créer un personnage trop ringard et caricatural pour être totalement sympathique, tout en prenant bien soin de ne jamais trop le ridiculiser et en réussissant même avec une certaine humilité à le rendre sympathique. Joseph Gordon-Levitt a de surcroît la bonne idée de faire de celle qui lui fait tourner la tête (Scarlett Johansson, qui maîtrise à la perfection l’art d’être caricaturale sans en faire trop) une femme qui vit tout autant que lui dans la recherche de ses fantasmes (ils sont tout simplement d’un autre ordre). Ils ne sont d’ailleurs pas les seuls, chacun semblant être abêti par une industrie du divertissement (porno, comédies romantiques, rencontres sportives) qui pervertit les échanges sociaux.
Cependant, alors que le film aurait pu tourner au jeu de massacre sociétal un peu facile, il prend un virage salvateur avec le personnage de Esther (Julianne Moore), femme d’âge mûr qui semble ne plus se bercer d’illusions depuis le décès de sa famille. Même si Joseph Gordon-Levitt a choisi la comédie (souvent drôle) pour passer à l’acte, le néo metteur en scène opte pour un happy end partiel sous forme de constat (qui pourrait à tort passer pour du moralisme): courir après le bonheur que nous fait miroiter l’industrie du divertissement revient à ne pas voir la vie et à courir après un fantasme forcément inaccessible. Le bonheur, le vrai, ne peut se trouver que dans la vie et non dans son simulacre. C’est ainsi en apprenant à écouter l’autre plus que ses propres désir préformatés que Jon apprendra à apprécier la vie.
Dit ainsi cela peut sembler un peu mièvre mais la force de Don Jon, premier film imparfait mais aussi agréable que prometteur, est justement de ne pas avoir peur de son discours. S’il n’est pas d’une grande originalité, il a au moins le mérite d’être avancé avec un touchant mélange de sincérité, d’humour, de conviction, et, avouons-le, avec un certain talent!
 

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