La grande beauté / The Great Beauty (La Grande Bellezza) ****

24 janvier 2014

Film vu dans le cadre du FNC 2013

Jep Gambardella (Toni Servillo) a écrit son unique roman il y a quarante ans. Depuis, il est devenu journaliste à succès, vit la nuit, enchaîne les conquêtes et voudrait bien écrire un autre roman… mais semble trop pris pour cela!

Réalisateur: Paolo Sorrentino | Dans les salles du Québec le 24 janvier 2014 (Métropole Films Distribution)

Visuellement, La Grande Bellezza est tout simplement sublime et permet à Paolo Sorrentino de donner libre cours à son talent et à sa virtuosité. Épaulé par une photo magnifique signée Luca Bigazzi, il passe d'une scène à l'autre, d'une soirée sur le toit d'un immeuble à un enterrement ou du lit d'une conquête d'un soir à une réunion avec la rédactrice en chef de Jep d’une manière particulièrement fluide. L'ensemble pourrait n’être que beau et superbement rythmé mais ce n'est pas le cas. La perfection des enchaînements entre les scènes, les mouvements de caméra, la lumière ou encore le visage de clown triste de Toni Servillo, trop improbable pour être vrai, nous plongent dans un monde irréel, presque fantasmé... un monde d'illusion dans lequel évoluent des mondains qui remplissent leur vide existentiel comme ils le peuvent, c'est à dire avec pas grand chose. Il aurait été facile de les rendre ridicules. D'ailleurs, Paolo Sorrentino en rit parfois. Mais son rire, constat amer de leur vacuité, est plutôt triste. Il les égratigne un peu mais sait aussi voir leur fragilité, leur souffrance, comme il voit si bien celle de son personnage principal, auteur d'un unique roman écrit 40 ans plus tôt et incapable d'en écrire un autre tellement l'énergie qu'il met à brasser de l'air l'empêche de faire autre chose. Comme par enchantement cinématographique, l'attachement que ressent Sorrentino pour son personnage semble l'aider à prendre conscience du ridicule de sa vie, qui consiste à flotter au dessus de tout sans rien apprécier, à vivre au milieu de gens sans les comprendre, à être dans le faux pour exister à leurs yeux... et à avoir à ses pieds une des plus belles villes du monde sans savoir la regarder. Après 2h20 de film, Jep acceptera de se confronter à lui même, de regarder qui il a été, qui il est devenu et trouvera la force de prendre son avenir en main en acceptant son passé.
De son côté, Sorrentino laissera de côté sa virtuosité et se contentera, pendant un générique de fin fluvial, de faire circuler sa caméra sous les ponts de Rome, en toute simplicité, pour en apprécier la grande beauté. Car la beauté n’est pas toujours dans l’excès… et contrairement aux apparences, Paolo Sorrentino l’a bien compris!
 

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