Noah (Noé) ****

28 mars 2014

Craignant un immense déluge qui emportera tout sur son passage, Noé (Russell Crowe) et sa famille décident de construire une arche.

Réalisateur : Darren Aronofsky | Dans les salles du Québec le 28 mars 2014 (Paramount)

Darren Aronofsky est prêt. Si Christopher Nolan et Alfonso Cuaron ont réussi à faire de grands films populaires qui sont également des longs métrages d’auteurs, pourquoi pas lui? Il ne s’est toutefois pas attaqué à un sujet évident. Réinterpréter une section importante de la Bible (en se basant sur sa propre bande dessinée) est une chose, mais est-ce que le public suivra? Une chose est certaine: Noah risque de diviser les cinéphiles comme jamais… et c’est tout à son honneur.
On imagine déjà le spectateur de mauvaise foi hurler à l’usurpation et décrier tous ces effets spéciaux et ces monstres (qui sont pourtant mentionnés dans les Saintes Écritures). Oui, il s’agit ici d’une fresque ambitieuse et parfois grandiloquente, imparfaite mais qui ose s’attaquer aux conventions, dépoussiérant au passage un texte mythique pour rappeler ses vertus morales et spirituelles (on ne parle pas ici de propagande, mais de transmission des valeurs). L’essai n’évite d’ailleurs pas les effets kitch ou mélodramatiques qui servent à mieux appuyer ses thèmes humanistes et environnementaux.
S’appuyant sur un montage soigné qui paye des clins d’œil au Requiem for a Dream de son propre créateur, sur une trame sonore dantesque de l’éternel complice Clint Mansell et sur une direction d’acteurs impeccable (Crowe est bien entouré par Jennifer Connelly, Emma Watson, Ray Winstone et Anthony Hopkins), le récit rejoint les obsessions de son auteur (métamorphose sidérante du héros, pression incessante du milieu, dépendance anxiogène), développant un immense univers visuel d’une richesse inouïe.
Contrairement à son incompris The Fountain dont le côté cérébral évoquait quelques chefs-d’œuvres de Stanley Kubrick, Noah se love dans les émotions, se rapprochant davantage du cinéma de Steven Spielberg. Le sens de l’émerveillement est le même, tout comme la relation père/fils et l’identification du spectateur à de fantastiques créatures émouvantes. Au même moment, l’effort est traversé de flashs sidérants qui évoquent le cinéma de Terrence Malick, donnant allègrement des frissons dans le dos.
Rêve qui devient réalité pour Aronofsky qui anticipe ce projet depuis l’âge de 13 ans, Noah est un beau délire, sérieux mais pas trop, que l’on peut prendre comme un gros film d’action à la Lord of the Rings mais qui possède suffisamment de finesse et de vitalité pour questionner l’âme de ses personnages et la planète qui les entoure. Le reflet de la civilisation actuelle n’en devient alors que plus éclairant, dans toute sa splendeur et sa décadence.
 

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