Suzanne ***½

30 mai 2014

Malgré son attachement à sa famille, Suzanne (Sara Forestier) n’hésite pas à tout mettre en péril pour suivre son grand amour qui fraye dans des activités louches.

Réalisateur : Katell Quillévéré / Dans les salles du Québec le 30 mai 2014 (Axia Films)

Le cinéma de la réalisatrice Katell Quillévéré est marqué par sa fraîcheur et sa liberté. C’est ce qui ressortait de son premier long métrage, Un poisson violent, drame d’une maturité étonnante. C’est également ce qui transporte Suzanne, l’amenant haut dans le ciel.
La liberté est d’abord de ton, alors que la cinéaste se refuge de psychologiser. Elle suit son héroïne à la trace, sans la juger mais sans nécessairement accepter tous ses excès. Sa caméra est sensible et sensuelle, jouant de finesse pour transmettre ses obsessions. Son montage martelé d’ellipses rappelle que le temps a le dernier mot, tout d’abord pour le pire mais également pour le meilleur, alors que les problèmes se transforment en espoir par la présence d’enfants. À cet égard, la superbe trame sonore, succession d’élans de grâce entre la passion et la raison, joue un rôle fédérateur.
Alors que le scénario a tôt fait d’arriver à destination, les interprètes relèvent constamment les enjeux. Sara Forestier trouve son meilleur rôle depuis Le nom des gens, étant crédible en femme pas toujours mature qui n’aurait pu être que vacuité. Elle transporte le récit, lui insufflant une âme qui lui est propre. Elle est la fondation d’une famille qui peut exister grâce à ses deux autres piliers : François Damiens en père complètement à contre-emploi qui émeut rapidement, et Adèle Haenel qui parvient à faire sa place dans la peau d’un personnage plus effacé.
Dans la tradition d’un nouveau cinéma féminin francophone, qui allie justesse des sentiments et travail rigoureux sur la forme et dont les porte-étendards sont Céline Sciamma (La naissance des pieuvres, Tomboy) et Rebecca Zlotowski (Belle épine, Grand Central), Katell Quillévéré tire son épingle du jeu à l’aide d’une œuvre simple mais évocatrice, dont les souffles de vie et de mort sont autant de bourrasques intempestives qui rendent ce voyage teinté de légèreté et de gravité si touchant.
 

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