Palo Alto **

6 juin 2014

Dans une banlieue chic de la Californie, des jeunes lycéens négligés par leurs parents cherchent comme ils peuvent à tromper leur ennui.

Réalisateur : Gia Coppola | Dans les salles du Québec le 06 Juin (Boom Vidéo)

Chez les Coppola, le cinéma est un héritage qui se transmet de génération en génération. Autant il peut être bénéfique (chez Sofia), autant il peut s’avérer un fardeau lourd à porter (chez Roman, demeuré dans l’ombre de sa sœur, de son paternel et même de Wes Anderson, pour qui il écrit). Et voilà maintenant qu’une autre Coppola, Gia, nièce de l’auteure de Lost in translation et petite-fille de Francis « Godfather » Ford, s’immisce à son tour dans le terrain de la réalisation. Si on prend autant de temps à introduire la famille Coppola et ses accomplissements, ce n’est que pour pointer l’obstacle auquel se bute la jeune Gia Coppola, et son Palo Alto, campé autour de thèmes comme l’adolescence, le mal-être, la montée du désir... autant de thèmes qui se posent au cœur de la filmographie de Sofia Coppola.
Il faut bien se l’avouer ce premier opus, attachant mais sans plus, est tellement figé dans les références au cinéma de l’auteure de Virgin Suicides qu’on entrevoit mal la Gia’s touch. Mise à part une certaine aise à filmer les partys adolescents, scènes autour desquelles on la sent impliquée plus directement, Gia Coppola donne l’impression de se complaire dans une sorte de revisitation assez gênante de l’œuvre de sa tante, particulièrement Virgin Suicides et le court Lick the Star. La trop étroite proximité s’accumule: mêmes ressources musicales (une trame sonore très réussie d’ailleurs) pour appuyer sur l’émotion, même volonté d'écarter les parents dans le hors-champ, même affection pour les plans montrant les personnages l’air las sur leurs lits, ou immobiles dans le cadre… À un moment, Gia Coppola va même jusqu’à oser l’insert (le film les accumule, souvent inutilement) sur la paire de Converse portée par Teddy, et nous sourions au souvenir d’un plan quasi similaire dans Marie-Antoinette (qui en avait outré plus d’un). Occasionnellement, elle ose un effet tantôt intéressant (le plan mobile sur les arbres tandis qu’on entend la voix-off du juge énoncer la condamnation de Teddy), tantôt joliment incongru tels les gros plans sur le visage d’April au lit avec son professeur de sport ‒ relation dont le traitement manque beaucoup de finesse.
Adapté d’un livre de nouvelles écrit par James Franco (également acteur ici), Palo Alto se révèle au final un bel essai fragile d’une jeune réalisatrice toujours en quête de sa propre voie(x), à l’instar de ces adolescents dont elle filme les errements et les incertitudes. Au rang de ses modestes réussites, notons tout de même la révélation d’un jeune acteur magnifique, Jack Kilmer, fils de Val Kilmer (aussi dans le film), qui fait preuve d’une assurance et d’une présence à l’écran remarquables. Sa révélation reste sans contredit le plus bel accomplissement de Gia Coppola!
 

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