Calvary ***½

8 août 2014

Menacé de mort par un homme qui veut se venger de l’Église, un prêtre (Brendan Gleeson) tente de comprendre le monde qui l’entoure.

Réalisateur : John Michael McDonagh | Dans les salles du Québec le 8 août 2014 (Les Films Séville)

Découvert il y a quelques années avec sa solide comédie noire The Guard, le cinéaste et scénariste britannique John Michael McDonagh est de retour avec un long métrage beaucoup plus ambitieux qui manie avec une rare maîtrise humour et drame.
Calvary est en effet une œuvre difficile à classifier (et c’est tant mieux). Le ton terre-à-terre aux considérations religieuses, humanistes et mystiques évoque le cinéma de Bresson. Le héros, figure tragique d’une représentation désuète qui mène sa propre croix sur ses épaules, est en quête de signes dans un univers où la foi a laissé sa place à la solitude, aux vices et à l’individualisme. Une démonstration terrible qui, doublée d’une réflexion sur les crimes du clergé (et plus principalement sur les abus sexuels des prêtres), donne froid dans le dos, surtout au regard de cette finale d’une efficacité sauvage.
Il n’est pourtant pas rare de rire beaucoup devant cette satire du religieux et de l’humanité que n’aurait pas reniée Bunuel. L’humour très sombre, d’une ironie sèche, s’échappe constamment des répliques, souvent à double tranchant. Et si une relation père / fille assez tristounette vient titiller une larme, c’est surtout lorsque le suspense reprend le dessus que le plaisir opère. À l’instar du classique Le crime de l’Orient-Express d’Agatha Christie, une horde de méchants potentiels apparaissent à notre pauvre protagoniste qui aura l’embarras du choix devant tant de péchés commis.
Bénéficiant de paysages à couper le souffle et d’une interprétation solide comme le roc (de Brendan Gleeson qui trouve un de ses meilleurs rôles en carrière, mais également de la toujours délicate Kelly Reilly, de Chris O’Down qui surprend dans un contre-emploi et de Marie-Josée Croze qui est magnifiquement dirigée), Calvary aurait eu avantage à mieux soigner son rythme, déficient dans sa première partie. La tension prend en effet trop de temps à s’installer et la réalisation, quoique soignée, tarde à afficher sa personnalité. Cependant, ces défauts sont circonscrits à mesure que le scénario étend ses tentacules sur le spectateur, qui ne pourra que rendre les armes.
 

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