FNC 2014: Ne change rien ****

13 octobre 2014

Réalisateur: Pedro Costa

De tous les honneurs et hommages présentés cette année au FNC, il y en a un qui risque particulièrement d’attirer beaucoup d’attention : la rétrospective Pedro Costa, cinéaste portugais qui a tissé au fil des années des liens très forts avec le festival et qui honorera les cinéphiles montréalais de sa présence cette semaine pour une très attendue classe de maître. Pour l’occasion seront présentés son tout nouveau long métrage Cavalo Dinheiro, chaudement acclamé à Locarno en août dernier, En avant, jeunesse ! (2006) et Ne change rien (2009).
Ne change rien, filmé dans un noir et blanc sublime, nous accueille dans un espace sans jour, sans nuit, où des musiciens répètent en préparation d’un album de la chanteuse-actrice Jeanne Balibar, présence fragile et permanente de presque tous les plans du film. Ne change rien est une invitation intime et totale à plonger dans le processus de création. Le postulat est on ne peut plus simple : un homme regarde et enregistre avec sa caméra la dynamique et le travail entre musiciens, dans toute leur solitude, leur inépuisable patience ou encore leurs répétitions multipliées et éreintantes. Cependant, à la différence des autres documentaires du genre, les images se passent de tout commentaire-off ou intervention des sujets devant la caméra (la parole se limite à quelques directives hors-champ entre musiciens). Costa préfère témoigner dans le silence, laissant la part belle à la musique en train d’être créée ou jouée, personnage à part entière dont on suit les nombreuses métamorphoses au fil du film.
Dans cet espace très réduit où gravitent Balibar et ses musiciens ‒ le film se permet quelques aérations narratives minimes (un insert dans un café à Tokyo où Balibar se produit, une répétition à la fois drôle et tortureuse de chant lyrique…) ‒ Costa, à l’instar de son travail dans La chambre de Vanda, pose fixement sa caméra avec une distance relative. Il enregistre à coup de très longs plans-séquences caressants un univers qui se tisse fragilement, se rompt (par un faux accord, une incertitude, de la fatigue) et aussitôt se ravive. Tout cela est capté dans la minutie et la continuité de longs plans d’une sensualité, d’une grâce et d’une beauté singulièrement envoûtantes.
On ne croit jamais avoir vu auparavant ce partage ouvert entre un cinéaste et un autre artiste. Certes il y eût la rencontre de Godard et des Rolling Stones (One plus One), ou encore celle de Clouzot et Picasso (Le mystère Picasso) mais quelque chose se passe ici entre Costa et Balibar qui élève encore plus le degré d’immersion, d’intensité, d’intimité… une rencontre qui n’a pas son pareil, à voir et à revoir !!
 

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