The Tribe (Plemya) ****

7 août 2015

Critique rédigée dans le cadre du FNC 2014

En Ukraine, un jeune sourd intègre un institut spécialisé dans lequel règne la violence.

Réalisateur: Miroslav Slaboshpitsky | Dans les salles du Québec le 7 août 2015 (EyeSteelFilms)

L’argument de départ de The Tribe laisse dubitatif: faire un film uniquement en langage des signes, sans sous-titres ni voix off. Nous devons bien l'admettre: la proposition ressemble plus à une volonté de se faire remarquer qu’à autre chose. Que l’on ne traduise pas un muet perdu au milieu de parlants peut en effet se comprendre (cela permet de rendre compte sa difficulté à communiquer), mais ne pas le faire lorsque seuls des muets s’expriment revient à nier leur moyen de communication, et donc leur langage.
Malgré ces réserves formulées avant même le début de la projection, le spectateur ne prête étrangement très vite plus attention à ce qui finira même par devenir pour lui un détail. En effet, le dialogue entre les personnage est réduit au minimum et jamais Miroslav Slaboshpitsky n’essaie de faire son petit malin en nous perdant dans les méandres d’une intrigue que nous ne pourrions pas comprendre en raison de l’absence de sous-titres. Il va même jusqu’à justifier progressivement son parti pris initial: en refusant aux personnages de rendre intelligibles leurs propos, et donc en niant d’une certaines façon leur capacité au langage, il leur supprime une petite part d’humanité qui correspond pleinement à leur comportement. Ces jeunes, loin d’être des handicapés désœuvrés, ne forment en effet rien d’autre qu’une horde d’êtres obéissant aux règles d’une meute et n’hésitant pas à voler et à tuer pour leur plaisir. Pourtant, Miroslav Slaboshpitsky ne sombre jamais dans le piège de la condamnation trop facile. Il se contente d’observer ses personnages froidement, de manière presque scientifique, en ayant recours pour cela à une mise en scène d’une qualité exceptionnelle. Les longs plans séquences parfois très complexes (mais qui paraissent toujours d’une simplicité confondante), refusant les gros plans et filmés à la steadicam avec précision et rigueur, créent une distanciation entre le sujet et le spectateur. En refusant la facilité de la caméra agitée censée traduire aussi bien le réel que la tension des situations décrites, la mise en scène donne en fait plus d’importance aux personnages filmés tout en rendant plus palpable (et donc plus insupportable) la représentation de la violence. Cette approche, associée au refus de traduire les dialogues, vient annihiler toute possibilité de complaisance à l’égard des personnages qui nous semblent appartenir à un autre monde. Mais The Tribe ne les juge pas pour autant: il se contente d’observer des jeunes tellement déconnectés de la société qu’ils finissent par vivre selon des règles d’un autre âge.
Sous ses allures froides et cliniques, le film permet donc à Miroslav Slaboshpitsky de nous rappeler l’importance de l’intégration de l’autre, quelle que soit sa différence, sous peine de transformer la société en véritable poudrière. Il lui permet surtout de nous livrer un premier film exceptionnel, qui aurait grandement mérité une présence en compétition cannoise (le film était sélectionné pour la Semaine de la critique)! On espère pour Miroslav Slaboshpitsky qu'il sera bientôt digne d'un tel honneur!
 

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