Le sel de la terre ***½

24 avril 2015

Film vu dans le cadre du festival FNC 2014

L’œuvre du photographe brésilien Sebastião Salgado vu par Wim Wenders et Juliano Ribeiro Salgado.

Réalisateurs: Wim Wenders et Juliano Ribeiro Salgado | Dans les salles du Québec le 24 avril 2015 (Métropole Films Distribution)

Le projet est dans la lignée de la quasi-totalité des documentaires réalisés par l’auteur de Paris, Texas, en ce sens qu’il se fonde encore une fois sur un geste d’admiration pour un autre artiste. C’était le cas par exemple pour Nick’s Movie (hommage bouleversant à Nick Ray), Tokyo-Ga (journal filmé sur traces d’Ozu) ou encore plus récemment pour Pina.
Ici, ce qui intéresse Wenders, photographe lui-même, c’est de tourner la caméra vers Sebastião Salgado (habitué à être plus derrière l’objectif que devant) et de remonter le fil de son parcours à la fois personnel et professionnel. Dans un premier temps, Wenders, à titre de réalisateur invité offrant un regard extérieur sur les Salgado, introduit l’univers du photographe en évoquant ses racines paysannes et modestes, son militantisme, les moments décisifs en Europe où le désir de devenir photographe l’emporte sur sa fonction d’économiste. C’est certes intéressant mais un peu convenu jusque-là.
Rapidement, une intimité se crée et le portrait devient porteur d’une narration à trois voix (celles de Wenders, son coréalisateur et finalement Sebastio Salgado lui-même) construit sur des constants allers-retours entre aujourd’hui et hier, et dont la figure centrale serait bien sûr Salgado.
Ses témoignages constitueront la matière première du film. Il est filmé dans une salle neutre modelée sur une chambre noire, dans laquelle il s’adresse devant l’objectif, et par extension au spectateur même. Trouvaille ingénieuse de Wenders qui n’est pas sans évoquer Les années Déclics de Raymond Depardon, ce dispositif permet au photographe de sortir du cadre de ses photos, d’évoquer leur genèse, le contexte (social, géographique, politique..) dans lequel elles se sont créées.
Après tant de décennies passées à témoigner de la grande désolation humaine (le génocide rwandais, la famine au Sahel, le conflit en Yougoslavie, les puits de pétrole qui brûlent au Koweit…), l’émotion est palpable dans les mots et les réflexions de Salgado. Lorsqu'il évoque son travail dans les camps de réfugiés en Éthiopie, il affirme « j’avais tant croisé la mort que je me sentais moi-même mourir ». Au vu de ses photos terribles, nous  n’avons pas de peine à le croire.
Dans sa dernière partie, Le sel de la terre s’égare un peu, se consacrant un peu trop longuement à l’intérêt de Salgado pour l’agriculture et à la terre de ses parents. Un égarement qu’on préfère voir plutôt comme une touchante maladresse de la part d’un cinéaste en totale admiration pour son sujet… cinéastes qui, dans Lisbon Story. aspirait à filmer comme on regarde, «sans rien à prouver, juste filmer avec le cœur ».
 

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