The Babadook ***

13 mars 2015

Le mari d’Amelia (Essie Davis) est mort le jour de la naissance de leur fils (Noah Wiseman), il y a six ans. Ce dernier, malgré son jeune âge, est incontrôlable. Lorsque le livre de contes Mister Babadook, particulièrement morbide, entre en possession de l’enfant, la situation ne fait qu’empirer.

Réalisatrice: Jennifer Kent | Dans les salles du Québec le 13 mars 2015 (Les Films Séville)

Il n’est pas rare de voir un court métrage devenir un long (les curieux pourront visionner le court métrage Monster légalement ici) et la transformation ne se fait pas toujours sans risques. Pourtant, dans le cas présent, certains aspects bénéficient grandement du passage au long. La direction photo, en délaissant le noir et blanc pour la couleur, devient beaucoup plus subtile mais également mieux maîtrisée (bravo au directeur photo polonais Radoslaw Ladczuk). Elle est en grande partie responsable de la réussite du film et seconde parfaitement le travail de mise en scène destiné à restituer une ambiance de cauchemar réaliste. L’autre réussite réside dans le refus du recours à un second degré qui aurait autorisé beaucoup de facilités narratives.
Malheureusement, c’est également au niveau de l’écriture que le film laisse apparaître quelques petites faiblesses. Dès le départ, l’enfant est tellement à problèmes qu’il frise la caricature (il est d’ailleurs si insupportable qu’on aimerait bien que le Babadook le mange tout cru le plus rapidement possible). De plus, la mère est trop dépassée et ne fait vraiment rien pour arranger les choses (lorsque son fils de 6 ans amène à l’école une arme - certes non létale mais potentiellement dangereuse - qu’il a fabriquée, le plus élémentaire signe de bon sens aurait été de la lui confisquer, ce qu’elle ne fait pas!). Les bases du récit étant dès le départ peu crédibles, son évolution devient vite particulièrement instable.
De plus, la volonté narrative d’étoffer le court (relation avec la voisine, les collègue, les autres enfants, etc.) semblait impérative, mais le traitement est rarement satisfaisant en raison de situations trop convenues. Par conséquent, alors que la principale difficulté du cinéma fantastico-horrifique est de faire croire au spectateur à un univers improbable, nous ne rentrons jamais vraiment dans la logique Babadookienne. Pourtant, si Jennifer Kent donne un peu l’impression d’être restée prisonnière de son envie de transformer un court métrage en long sans parvenir à étoffer son scénario convenablement (même si certaines de ses propositions sont très intéressantes), elle fait preuve de qualités de réalisatrice qui nous donnent envie de ne pas trop faire la fine bouche. Maintenant qu’elle a pu exécuter son projet, elle va pouvoir continuer sur de nouvelles bases… et il va sans dire que nous attendons beaucoup d’elle. Souhaitons-lui juste de ne pas avoir la mauvaise idée d’exploiter le filon en réalisant une suite! À moins que...
 

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