Court ***½

11 septembre 2015

À Mumbai, un chanteur folk militant est accusé d’avoir provoqué le suicide d’un homme qui avait assisté à l’un de ses spectacles.

Réalisateur : Chaitanya Tamhane | Dans les salles du Québec le 11 Septembre (EyeSteelFilm)

Quelques mois après le remarquable Le procès de Viviane Amsalem, débarque dans nos salles Court, un film de procès dans lequel la salle de tribunal devient à nouveau le microcosme d'une société dont le jeune réalisateur se charge de dénoncer les failles (justice arbitraire, inégalité des classes, insécurité au travail, droits de l’individu bafoués…). À partir de cette histoire troublante de prétendue incitation au suicide, Chaitanya Tamhane, auteur et réalisateur du film, s’en prend directement au système judiciaire de son pays (ses faux témoins, sa bureaucratie déficiente...) et à la rigidité de ses lois complètement déconnectées de la réalité contemporaine.
Autant par son dispositif que par son observation impitoyable de la justice indienne, Court n’est pas sans rappeler 10e chambre - Instants d’audiences de Raymond Depardon. Le huis-clos et la caméra fixe sont ici également privilégiés, ce qui confère au tribunal des airs de micro-monde où se succèdent cas, langues, classes sociales et modes de pensée différents, illustrant avec grande acuité les moult facettes d’une société tiraillée entre traditions et modernité, riches et pauvres… Cette description d’une société à plusieurs « niveaux » passe autant par le statut social des personnages (l’avocate-procureur à l'éducation traditionaliste et modeste opposée à l’avocat de la défense, fils d’une famille financièrement confortable qui s’impose plus moderniste dans sa mentalité...) que par ceux qui les incarnent (acteurs professionnels et non-professionnels, tous justes, se confondent).
Quand le film n’est pas confiné dans son décor judiciaire, il montre des moments de vie de chacun des personnages à l’extérieur de leur travail, démontrant ainsi comment chacun est conditionné dans son quotidien par un ensemble de valeurs, de situations et de convictions qui finissent par définir leurs actions, leur regard sur la société. Tamhane ne juge aucun personnage, et c’est avec la même justesse qu'il les regarde tous, du juge à l’accusé. Sans jamais sombrer dans l’apitoiement ou le misérabilisme facile, Court fait preuve d’une pudeur, d’une intelligence et d’une sensibilité exceptionnelles. Sa réussite serait totale si ce n’était de sa conclusion bâclée et de la fâcheuse tendance de Tamhane à trop se protéger derrière des plans larges fixes.
On a envie de lui dire que trop de retenue tue la retenue… On aimerait juste qu’il se risque à plonger un peu plus vers ses personnages, que la prochaine fois, il les regarde de plus près.
L'avis de la rédaction :

Sami Gnaba: ***½
Jean-Marie Lanlo: ***½
Martin Gignac: ***½
Miryam Charles: ***
 

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