Sicario ***½

25 septembre 2015

Une agente du FBI (Emily Blunt) s’enfonce malgré elle de plus en plus dans la lutte contre le trafic de drogue à la frontière mexicaine.

Réalisateur : Denis Villeneuve | Dans les salles du Québec le 25 septembre (Séville)

En surface, la lutte contre les cartels de drogues au Mexique est une bataille juste avec un ennemi clair. Par contre, lorsqu’une des plus grandes puissances militaires au monde adopte une politique où la fin justifie les moyens, les choses se corsent rapidement. En s’intéressant à un tel thème, Denis Villeneuve peut facilement jouer avec l’ambiguïté morale dont son cinéma est féru.
À travers les yeux de la nouvelle recrue (Blunt), nous découvrons un monde où les choses sont loin d’être blanches ou noires. C’est dans cette tension constante que la mise en scène ferme et contrôlée excelle, avec des séquences sans répit qui mettent les nerfs à fleur de peau. Les forces américaines qui s’attendent au pire cherchent pratiquement les problèmes et leurs doigts constamment sur la gâchette sont l’une des plus grandes menaces du film.
L’environnement constamment hostile (que les militaires surnomment The Beast) est une bonne excuse pour justifier leurs actions et le scénario de Taylor Sheridan joue avec efficacité sur cette moralité douteuse. Cependant, une peu subtile intrigue sur un policier mexicain et sa famille cherche à offrir un visage humain aux victimes, faisant écho aux thèmes des dommages collatéraux d’Incendies. Cette digression, suffisamment brève et concise pour ne pas trop déranger, distrait cependant par sa prévisibilité.
Ce bémol est largement compensé par les nombreuses qualités du film. L'interprétation en est une : le trio d’acteurs donne à Sicario un centre solide et nuancé. Pour sa part, la direction photo rappelle à quel point Roger Deakins est l’un des maîtres du métier. Dans n’importe quel contexte, que ce soit un bouchon automobile aux douanes ou des tunnels claustrophobiques, la caméra est impeccable. Elle est en partie grandement responsable de la réussite du film, et la collaboration future de Deakins avec Villeneuve dans l’univers de Blade Runner promet gros pour nos globes oculaires.

Lire également notre entrevue avec Denis Villeneuve.

L'avis de la rédaction :

Olivier Maltais: ***½
Jean-Marie Lanlo: ***½
Martin Gignac: ***
Sébastien Veilleux: ***
 

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