Livre: Claude Jutra

25 avril 2016

(Yves Lever, Boréal, 360 pages)

La polémique Jutra / Lever a été si violente il y a quelques mois que nous avons décidé de laisser passer la tempête avant de nous pencher sur le livre par qui le scandale est arrivé.
Notre premier constat est sans appel: il nous semble difficile de reprocher quoi que ce soit à Yves Lever à propos de ses révélations sur l’attirance de Claude Jutra pour les jeunes garçons, qu’il traite de manière responsable. Il s’est en effet livré à une enquête poussée, et il aurait été malhonnête de sa part d’occulter volontairement un aspect de la personnalité de Jutra pour la simple raison qu’elle ne correspond pas au statut presque iconique dont jouissait le cinéaste auprès du milieu du cinéma québécois.
Lever a donc fait ce qu’il avait à faire, c’est à dire le travail d’un biographe honnête cherchant à en savoir plus sur le sujet de son étude, et non à béatifier une idole. Bravo à lui pour cela.
Sa biographie n’est cependant pas sans petits défauts. Il peine en effet à faire le tri dans la somme de documents mis à sa disposition, et son travail s’attarde parfois un peu trop sur des détails dont l’intérêt est limité (l’ouvrage aurait probablement gagné à être amputé de quelques dizaines de pages).
Hormis ce reproche, Lever nous offre un ouvrage qui revient de manière chronologique et assez classique sur la carrière de Jutra et sur sa personnalité. Il nous permet de constater que derrière le mythe qui vient de s’effondrer suite à la publication de ce livre, se cachait un être particulièrement fragile, comme en témoignent de nombreux documents retrouvés dans ses archives personnelles. C’est peut-être en cela que le livre est particulièrement touchant. Malgré ses révélations, ce Claude Jutra parvient avant tout à faire le portrait d’un homme torturé, un «éternel enfant» perpétuellement en quête d’amour et de reconnaissance.
Jutra, véritable icône du cinéma québécois, n’était pas que le réalisateur de Mon oncle Antoine ou de Kamouraska. Il avait aussi ses failles, ses angoisses, ses doutes, ses perversions (l’origine du scandale)… et une maladie venue le détruire prématurément. Il n’était pas uniquement ce qu’il est devenu par la suite, à savoir une légende, un prix, une statue ou une salle à la Cinémathèque. Il était avant tout un homme. C’est du moins de cette manière qu’a choisi de le regarder Claude Lever.
Qui oserait lui en faire le reproche?
 

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