Juste la fin du monde ***½

21 septembre 2016

Après douze ans loin des siens, un artiste (Gaspard Ulliel) décide de revoir les membres de sa famille pour leur apprendre qu’il n’en a plus pour longtemps à vivre.

Réalisateur : Xavier Dolan | Dans les salles du Québec le 21 septembre 2016. (Films Séville)

Ostracisé à Cannes d'où il est néanmoins reparti avec le prestigieux Grand Prix, Juste la fin du monde n’est pas un film aimable, loin de là. C’est un peu à la fois l’anti-Mommy et son miroir ténébreux. Aucun personnage n’est attachant, le contexte est inexistant et il semble y avoir encore plus d’engueulades hystériques que dans les précédents films du cinéaste. Il s’agit pourtant du long métrage le plus douloureux de son réalisateur, le plus émouvant également.
Adapté de la pièce de Jean-Luc Lagarce, Juste la fin du monde ne fait qu’un avec l’univers personnel de Xavier Dolan, plus encore que sa récente transposition Tom à la ferme. Les gens se déchirent en tentant de se dire « je t’aime » et la famille évidemment dysfonctionnelle est source de tous les maux. À partir de là les mots peuvent affluer et autant ils sont abondants, autant ils cachent ces malaises et ces non-dits, cette souffrance latente et ce désespoir chronique. L’important se terre dans les yeux empreints d’émotions, les regards fuyants, les faux sourires clinquants et le climat de mélancolie qui est bien instauré par la riche partition musicale. Le tout est sublimé par une mise en scène frontale et à fleur de peau, où le gros plan qui n’est jamais très loin de l’abstraction consume lentement les corps et les âmes jusqu’à l’implosion finale. Les excellents comédiens qui surjouent (Vincent Cassel, Nathalie Baye) ou sous jouent (Marion Cotillard, Gaspard Ulliel) volontairement forment une partition de grande classe, au service du chef d’orchestre.
Le cadre réaliste n’est pas de mise dans ce lieu désert où les racines théâtrales sont évidentes. Un réel travail sur la forme s’effectue en profondeur et si les tics stylistiques du créateur sont toujours là (on aurait enlevé ces ellipses rêvées ou fantasmées qui dérèglent l’attention et cassent un peu la tension au lieu de créer l’échappatoire salvatrice), on sent une réelle maturité dans son travail. Il n'hésite plus à se mettre à nu, à embrasser cette valse des sentiments et à laisser le mélo prendre la place qui lui revient.
L'avis de la rédaction :

Martin Gignac: ***½
Jean-Marie Lanlo: ***½
Olivier Maltais: ***½
 

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