Jackie ***½

21 décembre 2016

Le 22 novembre 1963, alors que John F. Kennedy vient d'être assassiné à Dallas, sa veuve Jacqueline (Natalie Portman) fait face au traumatisme de sa mort et essaie petit à petit de mettre en avant son héritage politique.

Réalisateur: Pablo Larraín | Dans les salles du Québec le 21 décembre 2016 (Fox Searchlight Pictures)

Pour son premier film «américain» (en fait une coproduction France / Chili / États-Unis tournée en quasi-intégralité en France), Pablo Larraín s’attaque à un nouveau sujet historique, mais opte cette fois pour un angle très américain puisqu’il aborde l'assassinat du président JFK… ou pour être plus précis, il prend comme sujet la réaction de sa femme Jackie face au drame. Les deux facettes traitées se mélangent d’abord d’une façon qui ne convainc qu’à moitié: d’une part, il montre la réaction de l’ancienne première dame face à un journaliste du Time. Soucieuse de l'impact de ses propos et de leur rôle pour étayer la légende de son mari abattu quelques jours plus tôt, elle fait preuve de maîtrise et reprend la place qu’occupait le couple quelques jours avant: un couple conscient de l’importance du rôle des médias dans la construction d’une légende. D’autre part, et c’est probablement la partie la plus intéressante, Pablo Larraín rend incroyablement palpable le bouleversement qu’a dû vivre Jacqueline Kennedy après le drame: perte de son mari, perte de son statut, perte de sa nouvelle résidence (la Maison-Blanche)… Le montage sec et la musique judicieusement insistante de Mica Levi, associés à la mise en scène volontairement désincarnée de Larrain nous propulsent à l’occasion de ces scènes au cœur du deuil, dans ces moments où la réalité semble fuyante et où le temps se dilate anormalement.
Le second aspect du film étant plus notable que le premier, il est possible de regretter dans un premier temps le passage incessant du drame et de ses conséquences directes aux confessions ultérieures! Pourtant, la maîtrise de l’écriture et la force du propos (l’opposition entre la perte de repères momentanée et la reprise de contrôle de soi et de son discours) parviennent à faire un lien de plus en plus judicieux entre les deux parties dont l'enchevêtrement fait progressivement sens. Larrain remplit donc finalement son objectif. Même si nous aurions préféré que cet objectif soit deux fois moins dense et qu’il ne se consacre qu’à la perte de repère post-traumatique (sublime dans son traitement cinématographique), nous ne pouvons que reconnaître le talent du cinéaste!
L'avis de la rédaction :

Jean-Marie Lanlo: ***½
Martin Gignac: ***½
 

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