15 novembre 2018

★★★ | L'amour

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Réalisé par Marc Bisaillon | Dans les salles du Québec le 16 novembre 2018 (Filmoption International)
Marc Bisaillon conclut sa trilogie sur le silence coupable avec L'amour, où il s'inspire d'un nouveau fait divers qui a ébranlé le pays: celle d'un jeune homme habitant le Québec qui s'est mis dans le pétrin en visitant son père aux États-Unis.
Si l'histoire est connue et que la «révélation» se devine aisément, le cinéaste emprunte néanmoins le chemin du suspense, brouillant constamment les pistes, jouant avec les attentes du cinéphile. Une décision courageuse qui se retourne parfois contre lui, car son film, trop court, aurait sans doute eu plus de portée sous le volet du drame psychologique. Ainsi la riche matière première du scénario (ce passé qui détruit, l'effet de la violence, la fascination pour les armes à feu) ne peut qu'étouffer au passage et n'être traitée qu'en partie.
Cette façon de compliquer ce qui aurait pu être si simple se fait également ressentir sur le plan de la réalisation, qui regorge d'ellipses et de sauts dans le passé. Sans doute que ce procédé existe pour étayer la confusion des protagonistes face à ce qu'ils doivent vivre, mais il risque seulement de désorienter un spectateur moins attentif aux détails et aux subtilités de la mise en scène. On note tout de même une excellente utilisation du montage parallèle, où la suggestion précède généralement l'explication. Au sein d'un récit émouvant qui ne peut qu'ébranler les certitudes en place, les scènes les plus déchirantes s'avèrent les plus réussies. C'est là que Bisaillon maîtrise son art, sachant constamment comment soutirer le meilleur des situations, parfois à l'aide d'une image forte ou d'une mélodie appropriée. Le chemin est toutefois plus sinueux lors des moments transitoires, d'une intensité relâchée, parfois court-circuité par des dialogues moins porteurs (ou qui sonnent un peu faux) ou une interprétation inégale d'un personnage secondaire.
Rien à dire cependant des premiers rôles. Pierre-Luc Lafontaine a rarement déçu au cinéma et il livre une autre prestation intériorisée en antihéros qui cherche une façon d'expulser son malaise. Face à lui se dresse un Paul Doucet plus touchant que jamais, dont l'habileté de passer de la séduction à la répulsion suscite l'effroi. Seule Fanny Mallette semble un peu coincée à l'écran. Il faut avouer que la construction de l'intrigue lui permet difficilement de briller, si ce n'est à la fin, où elle est particulièrement bouleversante.
Meilleur que La lâcheté mais moins marquant que La vérité dans la filmographie de son auteur, L'amour demeure une oeuvre en pleine ébullition, imparfaite mais sincère, d'un cinéaste qui se fait décidément bien trop rare.
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