22 février 2019

★★★½ | Doubles vies

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Réalisé par Olivier Assayas. Dans les salles du Québec le 22 février (Axia)
Avec Doubles Vies, Assayas donne d’abord l’impression de faire un exposé sur les débats qui occupent le milieu de la littérature à l’ère du numérique. Chacun des personnages se présente comme porteur d’une thèse sur le sujet et, dans des dialogues très verbeux, prendra le temps d’exposer ses idées dans toutes leurs nuances. A priori, Doubles Vies a tout d'une œuvre théorique d’un cinéaste qui ressent le besoin de faire un discours. Le réalisateur démontre toutefois plus de finesse, les arguments débattus par ses personnages n’étant qu’un prétexte à une comédie de mœurs ludique et plus humaine qu’elle n’y paraît.
Les dialogues incessants permettent aux personnages de cacher leurs réelles intentions. Le titre est alors peut-être trop littéral, mais c’est dans le double discours que le réalisateur trouve l’humour dans son exercice, permettant à la fois de truffer son film de répliques mémorables et de se moquer joyeusement de discours intellectuels qui tournent souvent à vide. Assayas brise en des moments clés le masque qui protège ses personnages pour laisser transparaître leur intériorité. Le cinéaste se permet alors quelques touches sentimentales sans nécessairement nier les défauts de ces personnages qui peuvent être à la fois touchants et ridicules, souvent dans un même moment.
Les acteurs possèdent le niveau d’ironie et de pathétisme nécessaire pour faire fonctionner un tel exercice, sans pourtant sombrer dans la complaisance. Un plaisir certain émane de leurs performances typées. Sans surprise, c’est Juliette Binoche qui se démarque le plus, dans un rôle aux forts accents réflexifs, mais dans les marges du récit, empêchant qu’elle ne fasse ombre à ses collègues.
Le film étant principalement porté par ses textes, Assayas offre alors une mise en scène sans artifice mais qui n’est pas sans idées. Celles-ci se découvrent dans l’agencement absurde de scènes disparates ou, au détour d’une réplique tantôt mordante, tantôt ridicule, dans de petits gestes d’acteur qui traduisent le double discours des personnages. Plus posée que les œuvres récentes du cinéaste, Doubles Vies n’impressionne peut-être pas autant, mais il ne faudrait pas non plus la qualifier d’œuvre mineure, tant Assayas démontre à nouveau ses qualités de metteur en scène et de scénariste.
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